Hello les Makers, j'espère que vous allez bien !
Sur la table, il y a un carnet ouvert, une paire de ciseaux, trois rouleaux de masking tape et une petite pile de papiers que personne d’autre n’aurait pensé à conserver. Le ticket d’un musée, l’étiquette d’un vêtement, le reçu d’un café, une photographie imprimée en petit format et le morceau d’un emballage dont les couleurs étaient trop jolies pour terminer à la poubelle.
La page commence par quelques lignes écrites au stylo noir. Une photo est collée dans un coin, puis un ticket vient recouvrir légèrement sa bordure. On ajoute la date, deux autocollants, une phrase entendue pendant la journée et un trait de feutre autour du titre.
Alors, est-ce du journaling ou du scrapbooking ?
Il y a quelques années, la réponse aurait probablement été plus simple. Le scrapbooking évoquait de grands albums photographiques, des papiers coordonnés et des pages entièrement composées autour d’un événement. Le journaling ressemblait davantage à un journal intime, rempli de textes manuscrits et destiné à rester fermé lorsque quelqu’un d’autre entrait dans la pièce.
Aujourd’hui, les carnets que nous voyons sur Instagram, Pinterest et TikTok mélangent volontiers ces deux pratiques. On écrit, on colle, on dessine, on conserve des souvenirs et l’on ajoute parfois tant de matières que le carnet refuse bientôt de se refermer. Le retour du junk journaling a encore brouillé les frontières en réunissant, sur une même page, les restes matériels d’une journée et ce que l’on souhaite en raconter.
Pourtant, le journaling et le scrapbooking ne répondent pas tout à fait au même besoin. L’un part généralement de ce que nous voulons exprimer. L’autre, de ce que nous voulons conserver et mettre en scène.
Le scrapbooking commence souvent par une photographie
Le mot scrapbooking vient de scrap, le fragment ou la chute, et de book, le livre ou l’album. En français, il désigne traditionnellement la création de pages destinées à mettre en valeur des photographies, des souvenirs et différents éléments de papier.
Une page de scrapbooking commence donc souvent par une question très concrète : quelles traces avons-nous envie de garder de ce moment ?
Il peut s’agir de photographies d’un anniversaire, d’un voyage, d’une naissance, d’une fête de famille ou simplement d’un dimanche passé au bord de la mer. Autour de ces images viennent s’installer des papiers, des découpes, des rubans, des tampons, des titres et quelques mots destinés à identifier les personnes ou à raconter une anecdote.
Le scrapbook forme une archive personnelle. Les musées et les centres d’archives considèrent d’ailleurs les anciens albums comme des objets historiques à part entière, parce qu’ils ne conservent pas seulement des images ou des documents : leur agencement raconte ce que leur auteur avait choisi de retenir, de rapprocher et de transmettre. Les collections étudiées par le Smithsonian contiennent aussi bien des photographies que des menus, des coupures de presse, des factures, des morceaux de tissu, des fleurs séchées ou des brouillons.
Le scrapbooking ne consiste donc pas simplement à décorer un album photo. La disposition des éléments produit déjà un récit. Une photo placée au centre de la page n’a pas la même importance qu’une image glissée sous plusieurs papiers. Un billet de concert conservé à côté d’une photographie de groupe devient une preuve matérielle de cette soirée. Un mot manuscrit permet de garder une expression que l’image seule n’aurait pas pu transmettre.
La page est généralement pensée comme une composition terminée. On choisit sa palette, son thème et l’équilibre entre les différents éléments. Même lorsqu’elle semble spontanée, elle possède souvent une véritable architecture.
Le journaling commence plutôt par ce que l’on a besoin de déposer
Le journaling possède un point de départ différent. La matière principale n’est pas forcément la photographie ni le souvenir physique. C’est la pensée.
On ouvre le carnet pour noter ce qui s’est passé, ce que l’on ressent, une question qui tourne depuis plusieurs jours, une idée de projet, une phrase que l’on ne veut pas oublier ou simplement l’humeur du matin. Le journal peut suivre les journées dans l’ordre, mais il peut aussi être consacré à un thème : les lectures, les voyages, la créativité, les rêves, le travail ou les petites choses observées au quotidien.
La frontière entre le journal et le journal intime n’est d’ailleurs pas parfaitement fixe. Les Archives of American Art expliquent que le journal est souvent plus réflexif et davantage tourné vers les sentiments de son auteur, tandis que le diary anglo-saxon peut se concentrer plus directement sur le déroulement des activités. Même les archivistes reconnaissent toutefois que la distinction reste difficile et dépend beaucoup du nom choisi par la personne qui a écrit.
Dans le journaling, une page peut rester entièrement manuscrite. Elle peut être raturée, inachevée ou composée de quelques mots seulement. Son intérêt ne dépend pas nécessairement de son apparence finale. Le carnet accompagne une réflexion en train de se construire.
C’est une différence essentielle avec l’image très esthétique du journaling qui circule en ligne. Une page photographiée sur les réseaux sociaux montre souvent une écriture impeccable, des titres calligraphiés et des autocollants parfaitement assortis. Pourtant, rien n’oblige le journaling à être décoratif. Un stylo et un carnet ordinaire suffisent. Les recherches récentes consacrées au journaling analogique montrent justement une grande diversité de pratiques : réflexion personnelle, planification, suivi d’habitudes, mémoire, dessin ou combinaison de plusieurs fonctions. Chaque personne façonne progressivement son système selon son matériel, son contexte et ses propres besoins.
Le journaling peut devenir très beau, mais sa beauté n’est pas sa condition d’existence.
Retirer les images ou retirer les mots
Il existe une manière assez simple de comprendre la différence entre les deux pratiques.
Imaginons que nous retirions tous les papiers, les photographies et les éléments décoratifs d’une page de scrapbooking. Il resterait probablement quelques dates, un titre et de courtes légendes. L’histoire perdrait une grande partie de sa matière.
Retirons maintenant les stickers et les collages d’une page de journaling créatif. Le texte pourrait souvent continuer à exister seul. Les décorations lui donnent une atmosphère, mettent en valeur certains passages ou rendent le moment plus agréable, mais elles ne portent pas nécessairement tout le récit.
Le scrapbook dit volontiers :
"Voici les traces de ce qui s’est passé."
Le journal dit plutôt :
"Voici ce que j’ai pensé, remarqué ou ressenti pendant que cela se passait."
Bien sûr, cette distinction n’est jamais absolue. Certaines pages de scrapbooking contiennent de longs textes très intimes. Certains journaux sont presque entièrement visuels. Mais elle permet de comprendre l’intention de départ.
Le scrapbooking organise des souvenirs afin de les transmettre ou de pouvoir les revisiter. Le journaling utilise la page comme un espace de conversation avec soi-même.
Le mot « journaling » existe aussi dans le vocabulaire du scrapbooking
La confusion vient également du fait que les scrapbookeuses utilisent depuis longtemps le mot journaling pour désigner les textes ajoutés à leurs pages.
Dans ce contexte, le journaling peut être une date, une légende, une citation ou un récit plus long expliquant ce que les photographies ne montrent pas. Il ne désigne pas forcément la pratique complète du journal personnel, mais la partie écrite du scrapbook.
Une page consacrée à un anniversaire peut ainsi comporter plusieurs photographies, un titre découpé et un petit bloc de journaling racontant la phrase drôle prononcée au moment de souffler les bougies. Sans ce texte, les personnes présentes se souviendraient peut-être de l’anecdote. Quelques années plus tard, elle risquerait pourtant de disparaître.
Cette partie écrite est parfois la plus précieuse de l’album. Les vêtements changent, les visages grandissent et les lieux ne sont plus reconnaissables, mais l’écriture restitue une voix. Elle indique ce que la personne avait trouvé important au moment de fabriquer la page.
Le journaling ne s’oppose donc pas au scrapbooking. Il peut parfaitement vivre à l’intérieur.
Le Bullet Journal n’est pas forcément un carnet décoré
Une autre confusion apparaît régulièrement autour du Bullet Journal. À force de voir circuler des pages couvertes de dessins, de calendriers illustrés et de suivis d’habitudes colorés, on pourrait croire qu’il s’agit d’une forme très organisée de scrapbooking.
À l’origine, le Bullet Journal est pourtant une méthode d’organisation conçue par Ryder Carroll. Elle permet de rassembler dans un même carnet les tâches, les rendez-vous, les notes, les projets et les réflexions, à l’aide d’un système rapide de signes et d’entrées courtes. Le site officiel présente toujours le Bullet Journal comme un outil adaptable destiné à clarifier ses priorités et à organiser ses pensées.
Les dessins, les stickers et les magnifiques mises en page visibles en ligne ont été ajoutés par la communauté. Ils peuvent rendre la pratique plus personnelle, mais ils ne sont pas indispensables à la méthode.
Un Bullet Journal minimaliste peut contenir uniquement une date, quelques puces et des mots écrits très rapidement. À l’inverse, une personne peut y consacrer plusieurs heures, créer une palette différente chaque mois et transformer ses pages en véritable carnet d’artiste.
Là encore, le matériel ne suffit pas à définir la pratique. Un rouleau de masking tape peut servir dans un scrapbook, un journal créatif, un carnet de voyage ou un Bullet Journal. La différence se trouve surtout dans ce que la page doit accomplir.
Quand le journaling devient visuel
Entre le journal manuscrit et le scrapbook photographique se trouve tout un territoire beaucoup plus difficile à nommer.
Le creative journaling associe l’écriture aux couleurs, aux tampons, aux dessins et aux collages. L’art journal utilise le carnet comme un espace d’expérimentation artistique, parfois sans chercher à documenter précisément la vie quotidienne. Le carnet de voyage mêle notes, tickets, plans, croquis et photographies. Le journal de lecture conserve des impressions, des citations et une trace des livres parcourus.
Dans ces carnets, la décoration ne sert pas toujours à embellir une page déjà écrite. Elle peut aider à commencer.
Une page blanche impressionne parfois davantage qu’une table couverte de petits papiers. Coller d’abord un morceau de magazine, tracer un cadre ou choisir une couleur donne un premier point d’appui. Les mots arrivent ensuite, autour de cet élément que l’on n’a plus besoin d’inventer.
L’image peut également remplacer ce que l’on n’a pas envie de formuler. Une couleur sombre, un papier déchiré ou une photographie floue expriment parfois une humeur sans qu’il soit nécessaire de lui donner immédiatement un nom.
Le journaling visuel n’est donc pas simplement un journal intime rendu plus joli. Les matières participent à la réflexion.
Le junk journaling a volontairement mélangé les deux familles
Il fallait probablement qu’une nouvelle expression apparaisse pour désigner les carnets impossibles à classer. Le junk journaling rassemble des tickets, des emballages, des cartes de visite, des prospectus, des notes et toutes sortes de fragments récupérés pendant la journée. Ces éléments sont collés dans un carnet, accompagnés ou non de quelques mots.
La pratique est devenue particulièrement visible sur TikTok et Instagram à partir de 2024 et 2025. Les pages partagées en ligne documentent aussi bien un voyage qu’un repas entre amis, une sortie au cinéma ou une journée parfaitement ordinaire.
Le junk journal emprunte au scrapbooking son goût pour les souvenirs matériels et au journaling sa continuité quotidienne. Il accorde toutefois moins d’importance à la photographie centrale et à la mise en page parfaitement maîtrisée. Le reçu froissé du restaurant peut devenir aussi important qu’un portrait soigneusement imprimé. Une étiquette de fruit trouve sa place à côté d’une réflexion personnelle. Le carnet accueille ce qui aurait normalement disparu à la fin de la journée.
Cette liberté séduit précisément parce qu’elle évite d’avoir à choisir entre les deux pratiques.
Il n’est plus nécessaire d’attendre un événement suffisamment important pour mériter une page d’album. Le café bu en vitesse, le sachet d’un thé apprécié, la liste de courses et le billet de bus peuvent entrer dans l’histoire. Le carnet ne fabrique pas seulement de grands souvenirs. Il conserve la texture des jours ordinaires.
Le scrapbooking regarde souvent le souvenir depuis l’extérieur
Lorsque nous créons un album de scrapbooking, nous prenons généralement un léger recul. Même si l’événement est récent, nous sélectionnons les photographies, éliminons celles qui se ressemblent et décidons de ce qui mérite d’être conservé.
La page devient une version organisée de la mémoire.
On peut préparer un album destiné à un enfant, à des grands-parents ou à une amie. Il sera probablement regardé par plusieurs personnes. Cela influence les textes, les photographies et les éléments que nous choisissons d’y placer. Une page peut rester intime tout en étant conçue pour circuler.
Le journal possède souvent un autre statut. Même décoré avec beaucoup de soin, il peut contenir des passages qui n’ont jamais été écrits pour être montrés. La personne qui le tient n’a pas besoin d’expliquer les références, d’identifier tous les personnages ni de construire une histoire compréhensible par quelqu’un d’autre.
Cette différence change la façon de travailler.
Le scrapbooking demande parfois de chercher la bonne photographie, le papier assorti et la composition capable de mettre le souvenir en valeur. Le journaling peut commencer précisément parce que tout est encore confus. Il n’attend pas que l’on sache déjà ce que cette journée signifiait.
Une page terminée contre une pratique qui continue
Le rapport au temps n’est pas exactement le même non plus.
En scrapbooking, on peut consacrer plusieurs heures à une double page, puis considérer qu’elle est terminée. Elle vient rejoindre l’album, à côté d’autres compositions consacrées à des moments distincts. Certaines scrapbookeuses travaillent dans l’ordre chronologique, tandis que d’autres passent librement d’une époque à l’autre selon les photographies qu’elles ont envie d’utiliser.
Dans un journal, la continuité du carnet compte souvent davantage. Les pages s’accumulent dans l’ordre où elles ont été remplies. Une pensée commencée le lundi peut revenir le vendredi. Un dessin abandonné reste visible entre deux textes. L’ensemble conserve les hésitations et les changements d’humeur.
Le journal n’est pas toujours un objet que l’on termine. Il est une pratique que l’on reprend.
Cette distinction explique peut-être pourquoi certaines personnes se sentent plus à l’aise avec le scrapbooking. La page possède un début, un sujet et un moment où l’on peut ranger le matériel. D’autres préfèrent le journal, parce qu’elles n’ont pas besoin de produire une composition aboutie. Elles peuvent écrire trois lignes et refermer le carnet.
Les réseaux sociaux ont rendu le journaling plus décoratif
La popularité actuelle des carnets créatifs a progressivement rapproché les deux univers. Les mêmes fournitures circulent d’une pratique à l’autre : stickers, tampons, papiers imprimés, imprimantes photo de poche, feutres, masking tapes et petites découpes.
Sur les réseaux sociaux, une page très visuelle retient naturellement davantage l’attention qu’un texte manuscrit difficile à lire et souvent trop personnel pour être partagé. Le journaling visible en ligne est donc probablement plus esthétique que la majorité des journaux réellement tenus dans l’intimité.
Cette mise en scène peut donner envie de commencer, mais elle peut aussi installer une étrange pression. Le carnet personnel devient un nouvel objet que l’on voudrait réussir. On hésite à écrire de travers, à utiliser un autocollant coûteux ou à coller un ticket encore taché de café. Le journal, qui devait accueillir la vie telle qu’elle est, commence à attendre une version plus photogénique de celle-ci.
Le scrapbooking assume plus facilement cette recherche esthétique, puisque la composition fait partie du projet. Pour le journaling, il peut être utile de se rappeler que la page n’a aucune obligation de devenir publiable.
Un carnet peut être important sans être montrable.
Faut-il vraiment choisir ?
Il n’existe aucune police des carnets chargée de vérifier la proportion exacte de texte, de photographies et de masking tape.
On peut commencer par écrire, puis coller une image. Préparer une page de scrapbooking et y ajouter un texte très personnel. Transformer un Bullet Journal en carnet de voyage pendant les vacances. Coller des tickets dans un journal de lecture parce qu’ils rappellent l’endroit où le livre a été commencé.
Les mots servent surtout à comprendre vers quelle pratique nous avons envie de nous diriger.
Une personne souhaitant mettre en valeur des photographies de famille et fabriquer un album destiné à être transmis trouvera probablement davantage de réponses du côté du scrapbooking. Celle qui ressent le besoin d’écrire régulièrement, de réfléchir ou de noter ses journées se reconnaîtra plutôt dans le journaling. Si les petits papiers, les traces ordinaires et les carnets très épais l’attirent, elle pourra naturellement glisser vers le junk journaling.
La meilleure question n’est peut-être pas « Comment s’appelle mon carnet ? », mais « Qu’est-ce que j’ai envie qu’il conserve ? »
Les images d’un événement ?
Les pensées que ces images ne montrent pas ?
Ou ce mélange désordonné de mots, de couleurs et de petits objets grâce auquel une journée ancienne redevient soudain très précise ?
Le scrapbooking conserve ce que nous avons vu. Le journaling tente souvent de saisir ce que nous avons vécu intérieurement. Entre les deux, nos carnets n’ont aucune raison de choisir.
Et vous, dans les pages que vous remplissez, avez-vous davantage envie de raconter, de conserver ou de composer ?
A très vite !
Caroline





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