Hello les Makers, j'espère que vous allez bien !
Il y a des objets que nous fabriquons parce qu’ils nous manquent.
Une étagère pour ranger des livres, un sac pour transporter nos affaires, une housse pour protéger un coussin ou une boîte pour empêcher les petits objets de coloniser toute la maison. Leur utilité justifie le temps passé, les outils sortis, les matériaux achetés et les deux ou trois erreurs commises en chemin.
Puis il y a tout le reste.
La guirlande en papier que personne n’avait réclamée. Le champignon en feutrine qui n’a aucune fonction identifiable. Le petit vase trop étroit pour contenir plus de trois fleurs. La broderie commencée sur un coup de tête, le grigri suspendu à une poignée de porte, le dessous de tasse décoré alors que nous possédions déjà plusieurs dessous de tasse parfaitement convenables.
Nous savons que ces objets ne sont pas nécessaires.
Cela ne nous empêche pas d’avoir très envie de les fabriquer.
Mieux encore, leur absence d’utilité semble parfois faire partie du plaisir. Nous ne cherchons pas toujours à résoudre un problème. Nous cherchons une couleur, une forme, un geste ou simplement une raison de rester une heure de plus à la table de l’atelier.
Dans une époque qui nous demande régulièrement à quoi sert ce que nous faisons, fabriquer quelque chose d’inutile ressemble presque à une petite désobéissance.
Une activité choisie pour elle-même.
L’utilité est elle une vertu encombrante
Nous vivons entourés de conseils destinés à rendre chaque minute plus efficace.
Il faudrait optimiser les trajets, rentabiliser le temps libre, transformer les passions en compétences et, si possible, les compétences en revenus complémentaires. Même les loisirs sont parfois invités à produire quelque chose de mesurable : un résultat, une amélioration, un avant-après ou un contenu suffisamment séduisant pour être partagé.
La créativité n’échappe pas à cette logique.
Un projet DIY semble plus facile à justifier lorsqu’il permet de recycler un objet, d’économiser de l’argent, de décorer la maison ou d’offrir un cadeau. Nous aimons pouvoir expliquer que cette activité a une finalité. Elle n’était pas seulement agréable, elle était utile. Elle nous a permis de fabriquer ce dont nous avions besoin au lieu de l’acheter.
C’est une belle raison de créer.
Ce n’est pas la seule.
Il nous arrive de choisir une activité précisément parce qu’elle ne sert à rien d’autre qu’à occuper nos mains et notre attention. Nous savons que le résultat finira peut-être sur une étagère déjà pleine. Nous ne sommes même pas certains de le conserver longtemps. Mais l’idée de découper, modeler, peindre ou assembler nous attire davantage que l’objet lui-même.
Nous ne fabriquons alors pas pour posséder.
Nous fabriquons pour faire.
Cette nuance paraît minuscule, mais elle change tout.
Le projet commence souvent par une envie de matière
Il n’est pas toujours nécessaire d’avoir une idée très claire pour commencer.
Parfois, nous avons simplement envie de toucher de l’argile, d’entendre le bruit des ciseaux dans le papier ou de voir une couleur apparaître au bout d’un pinceau. Le projet vient après. Nous cherchons un prétexte pour utiliser un matériau qui nous attire.
Un morceau de tissu imprimé attend depuis plusieurs mois dans un placard. Une pelote possède une teinte magnifique mais aucune quantité réellement compatible avec un grand ouvrage. Quelques perles ont survécu à un kit terminé. Une planche de bois est trop petite pour devenir un meuble, mais trop belle pour être jetée.
Ces restes provoquent une forme particulière d’imagination.
Ils ne répondent pas à un besoin. Ils posent une question.
Qu’est-ce que cela pourrait devenir ?
Il faut alors accepter de ne pas produire un objet indispensable. Les quantités sont insuffisantes, les formats peu pratiques et les couleurs peut-être difficiles à assortir au reste de la maison. C’est justement ce qui rend l’exercice intéressant.
Une chute de tissu peut devenir une fleur rembourrée, une mini-pochette, un visage brodé ou un élément qui n’a pas encore de nom. Quelques centimètres d’argile peuvent donner naissance à une petite forme décorative, trop irrégulière pour être considérée comme un objet fonctionnel, mais suffisamment attachante pour que nous lui trouvions une place.
La matière ne nous demande pas toujours d’être raisonnables.
Elle nous demande parfois de jouer.
Nous n’avons jamais vraiment cessé de fabriquer pour le plaisir
L’idée de créer des objets sans nécessité n’est évidemment pas nouvelle.
Les humains ont décoré leurs outils, leurs vêtements et leurs lieux de vie bien avant l’apparition des tutoriels vidéo et des magasins de loisirs créatifs. Dès qu’un objet pouvait recevoir une ligne, une couleur, une broderie ou une gravure, quelqu’un a décidé de lui accorder davantage de temps que sa fonction ne l’exigeait.
Une poterie aurait pu rester parfaitement lisse.
Un vêtement aurait pu se contenter d’assembler des pièces de tissu.
Une cuillère aurait pu n’être qu’une cuillère.
Pourtant, nous avons ajouté des motifs, travaillé les poignées, répété des points minuscules et peint des surfaces que personne ne regarderait longtemps. Ces gestes n’amélioraient pas toujours l’efficacité de l’objet. Ils lui donnaient une présence.
Nous distinguons volontiers l’utile du décoratif, comme si l’un répondait à des besoins sérieux tandis que l’autre ne concernait que le superflu. Dans la vie quotidienne, la frontière est beaucoup moins nette.
Un bol peint ne nourrit pas mieux qu’un bol uni, mais nous pouvons préférer l’utiliser. Une couverture assemblée avec soin ne tient pas nécessairement plus chaud qu’un modèle industriel, mais elle transforme la manière dont nous nous installons dessous. Une broderie n’empêche pas davantage le froid de passer, pourtant elle peut donner envie de conserver un vêtement pendant des années.
La beauté ne remplit pas une fonction au sens strict.
Elle modifie notre relation aux choses.
L’objet inutile possède parfois une utilité secrète
Dire qu’un objet ne sert à rien est souvent une manière un peu rapide de parler.
Le petit objet décoratif n’a peut-être aucune fonction pratique, mais sa fabrication peut nous avoir aidés à traverser une journée difficile, à retrouver de la concentration ou à rester présents quelques heures sans consulter sans cesse notre téléphone.
Le résultat paraît inutile mais le processus ne l’était pas.
Nous connaissons tous cette sensation étrange qui apparaît lorsque les gestes commencent enfin à se répéter. Le monde extérieur ne disparaît pas, mais il devient moins bruyant. Il n’est plus nécessaire de penser à tout en même temps. Il faut simplement suivre une ligne, passer le fil au bon endroit, lisser une surface ou recommencer une forme qui n’était pas tout à fait réussie.
L’objet en train de naître donne une direction à l’attention.
Il ne demande pas de résoudre la semaine entière. Seulement l’étape suivante.
Cette utilité-là est difficile à mesurer. Elle ne se range pas facilement dans un tableau et ne produit pas toujours un résultat montrable. Elle existe pourtant dans la régularité du geste, dans la patience retrouvée et dans cette satisfaction particulière de voir quelque chose apparaître alors qu’il n’existait pas une heure plus tôt.
Nous pensions fabriquer une petite coupelle, il est possible que cette petite coupelle ait surtout fabriqué un moment de calme.
Les enfants comprennent très bien l’inutile
Donnez à un enfant du papier, du ruban adhésif et quelques feutres.
Il est peu probable qu’il commence par établir une liste précise des besoins auxquels son projet devra répondre. Il construira un objet, puis découvrira au fur et à mesure ce qu’il représente. Une boîte deviendra une maison, un morceau de carton un ordinateur, une accumulation de bandes colorées une décoration dont l’usage ne nécessite aucune explication.
La question « À quoi ça sert ? » arrive souvent du côté des adultes.
L’enfant, lui, sait déjà que l’objet sert à avoir été fabriqué.
Cette liberté disparaît progressivement. Nous apprenons à produire des choses reconnaissables, bien terminées et justifiables. Nous cherchons un modèle, une fonction et un résultat suffisamment réussi pour mériter le temps consacré.
Retrouver le plaisir de l’inutile consiste peut-être à revenir vers cette manière de créer sans connaître exactement la destination.
Faire une forme parce qu’elle nous plaît.
Coller un élément parce qu’il manque quelque chose, même si nous serions incapables d’expliquer quoi.
Choisir une couleur non parce qu’elle respecte l’harmonie prévue, mais parce qu’elle est celle dont nous avons envie à cet instant.
Ce n’est pas abandonner toute exigence, c’est déplacer l’endroit où nous la plaçons.
L’objet n’a pas besoin d’être utile. Le geste, lui, doit rester vivant.
Le DIY ne nous fait pas toujours économiser de l’argent
Il existe un autre malentendu persistant autour de la fabrication personnelle.
Faire soi-même serait nécessairement plus économique.
Cela peut être vrai. Cela peut aussi être complètement faux.
Il suffit d’avoir acheté une belle laine, plusieurs outils, une colle spécialisée et le matériel indispensable à une technique nouvelle pour comprendre qu’un petit objet fabriqué à la maison peut coûter beaucoup plus cher que son équivalent produit industriellement.
Sans compter le temps.
Si nous appliquions à toutes nos créations un taux horaire raisonnable, certaines décorations de Noël artisanales atteindraient rapidement le prix d’un luminaire de designer. Le moindre projet deviendrait difficile à défendre devant un comité de contrôle budgétaire.
Heureusement, personne ne nous oblige à organiser ce comité.
Nous ne fabriquons pas toujours pour obtenir un objet au meilleur prix. Nous achetons aussi une expérience, une découverte et la possibilité de choisir chaque détail. Nous acceptons que le résultat soit imparfait parce que cette imperfection contient précisément ce que l’objet acheté ne pouvait pas offrir : notre temps.
Évidemment, il est possible de tomber dans l’excès inverse.
Les loisirs créatifs peuvent eux aussi devenir une forme de consommation. Nous accumulons les fournitures, les machines et les kits en imaginant que chaque nouvel achat nous rendra plus créatifs. Les placards se remplissent de matériaux prévus pour des projets qui n’arriveront jamais.
Le plaisir de fabriquer des objets inutiles n’oblige pas à acheter des quantités infinies de choses inutilisées.
Il peut même devenir une excellente manière de regarder autrement ce que nous possédons déjà.
Les petits objets échappent à la pression du chef-d’œuvre
Il est plus facile d’expérimenter sur un objet dont l’importance reste limitée.
Une grande pièce réclame une intention. Elle mobilise du temps, de la matière et souvent une place considérable dans la maison. Nous voulons qu’elle soit réussie, puisqu’il faudra ensuite vivre avec elle.
Le petit objet inutile autorise davantage de légèreté.
Une broche, un bijou de sac, une petite figurine ou un cadre minuscule peuvent devenir des laboratoires. Nous testons une association de couleurs, un point de broderie, une texture ou une nouvelle manière d’assembler les formes.
Si l’expérience échoue, elle n’a pas englouti plusieurs semaines de travail.
Si elle fonctionne, elle ouvre parfois la voie à un projet plus ambitieux.
Beaucoup de créations importantes commencent ainsi, dans un format modeste qui ne ressemblait pas encore à une décision. Le geste se répète, la forme se précise et une idée qui paraissait anecdotique finit par devenir une collection, une série ou même un langage graphique.
L’inutile possède cet avantage : il ne promet rien.
Il laisse la création évoluer sans lui demander immédiatement ce qu’elle fera plus tard.
La décoration est pleine de choses dont nous n’avons pas besoin
Nous pourrions vivre sans vases, sans coussins décoratifs, sans bougies joliment colorées et sans objets disposés sur les étagères.
La plupart de nos maisons fonctionneraient très bien avec des murs nus, quelques meubles solides et un éclairage correct. Elles seraient peut-être même plus faciles à nettoyer.
Nous continuons pourtant à y introduire des objets qui ne remplissent aucune fonction essentielle.
Une maison entièrement utile finit souvent par ressembler à un lieu provisoire. Il lui manque ces détails qui n’ont pas été choisis parce qu’ils étaient nécessaires, mais parce qu’ils plaisaient à quelqu’un.
Une coquille ramassée sur une plage.
Un dessin encadré.
Une petite sculpture trouvée dans un vide-grenier.
Un objet fabriqué un dimanche après-midi sans savoir encore où le poser.
Ces éléments ne transforment pas seulement l’apparence d’un intérieur. Ils rendent visible la personne qui l’habite. Ils montrent ses couleurs, ses obsessions, ses souvenirs et sa manière particulière de trouver certaines choses attachantes.
Le décoratif n’est pas indispensable à la survie.
Il l’est parfois au sentiment d’être chez soi.
Fabriquer quelque chose que personne ne vend
Il existe des objets que nous ne pouvons obtenir qu’en les fabriquant.
Non parce qu’ils exigent un savoir-faire exceptionnel, mais parce qu’aucune entreprise raisonnable n’aurait envisagé de les produire.
Une décoration inspirée d’une plaisanterie familiale.
Une miniature représentant notre animal dans une position très précise.
Un coussin en forme de nourriture, un porte-clés absurde ou une broderie reprenant une phrase que seules trois personnes peuvent comprendre.
Le commerce cherche naturellement ce qui peut intéresser suffisamment de clients.
La création personnelle peut s’adresser à une seule personne.
Elle n’a pas besoin de marché.
Cette possibilité est profondément réjouissante. Elle nous permet de sortir des goûts moyens, des couleurs prévues pour plaire au plus grand nombre et des formes validées par une étude de tendance.
Nous pouvons fabriquer quelque chose de trop particulier : trop coloré, trop étrange, trop lié à notre histoire pour être intéressant aux yeux de qui que ce soit d’autre.
L’objet n’en devient pas moins réussi.
Il atteint exactement la personne pour laquelle il devait exister.
Le cadeau inutile est parfois celui que l’on garde
Les cadeaux pratiques sont rassurants.
Ils répondent à un besoin, évitent l’encombrement et prouvent que nous avons réfléchi aux habitudes de la personne. Mais les cadeaux que nous conservons le plus longtemps ne sont pas toujours ceux qui nous ont rendu le plus grand service.
Ce sont parfois les plus petits.
Un objet fabriqué à la main, un dessin, une décoration ou une chose dont nous ne connaissons pas tout à fait l’usage mais dont nous savons exactement pourquoi elle nous a été offerte.
Le temps passé reste visible.
Même lorsque le résultat est imparfait, il contient une attention que l’objet acheté ne possède pas nécessairement. La personne aurait pu choisir quelque chose de plus simple, de plus rapide ou de plus utile. Elle a préféré fabriquer.
Le cadeau inutile n’essaie pas toujours d’améliorer notre quotidien.
Il cherche à prendre une place dans notre mémoire.
C’est pour cela qu’il peut être difficile à jeter. Nous ne nous séparons pas seulement d’un objet. Nous nous séparons du geste qui l’a fait naître.
Créer sans publier
Il existe aujourd’hui une tentation supplémentaire : celle de montrer immédiatement ce que nous faisons.
Les étapes deviennent des contenus, les erreurs des anecdotes et le résultat une image destinée à circuler. La création gagne une audience, parfois une communauté, et ce partage peut être extrêmement stimulant.
Mais il modifie aussi légèrement le geste.
Nous nous demandons si l’objet sera lisible en photo, si les couleurs fonctionneront à l’écran et si l’idée paraît suffisamment originale. Le regard extérieur entre dans l’atelier avant même que le projet soit terminé.
Fabriquer une chose inutile peut alors devenir une manière de retrouver une création privée.
Un objet que l’on ne photographiera pas.
Un essai qui ne deviendra pas un tutoriel.
Une activité qui n’aura ni avant-après, ni légende, ni explication.
Ce projet ne sera peut-être jamais vu par plus de deux personnes. Il pourra rester dans un tiroir ou disparaître au prochain rangement. Il aura tout de même existé, et le plaisir éprouvé pendant sa fabrication ne dépendra pas du nombre de personnes capables de le confirmer.
Cette discrétion est devenue presque luxueuse.
Faire quelque chose qui ne cherchera pas à devenir autre chose que ce qu’il est.
Terminer n’est pas toujours le plus important
Certaines créations inutiles restent inachevées.
Elles occupent un panier, une boîte ou le coin d’une table pendant des semaines. Nous savons qu’il suffirait de quelques heures pour les terminer, mais nous ne retrouvons jamais tout à fait l’élan du départ.
Nous pourrions y voir un échec.
Nous pouvons aussi admettre que le projet a peut-être déjà rempli sa fonction.
Il nous a appris un geste, occupé un dimanche ou permis d’explorer une idée. Le résultat final comptait moins que nous ne l’avions imaginé. Continuer uniquement pour pouvoir dire que l’objet est terminé n’aurait peut-être plus beaucoup de sens.
Tout ne mérite pas nécessairement d’être mené jusqu’au bout.
Cette idée reste difficile à accepter dans une culture qui valorise l’achèvement, la discipline et les listes dont on coche les cases. Nous voulons être la personne qui termine ses projets.
Mais la création n’est pas toujours une suite d’engagements à honorer.
Elle peut être une exploration.
Nous avons le droit d’aller voir ce qui se trouve au début d’un chemin, puis de décider que nous avons vu suffisamment de choses.
Le luxe de perdre un peu de temps
Fabriquer un objet dont nous n’avons pas besoin demande une ressource plus précieuse que le matériau.
Du temps qui aurait pu être consacré à autre chose.
C’est précisément ce qui rend l’activité si importante.
Nous entendons souvent l’expression « perdre son temps », comme si chaque heure devait produire une preuve de son bon usage. Pourtant, certaines des périodes qui semblent les moins efficaces sont celles qui nous permettent de retrouver de l’énergie, de laisser une idée apparaître ou simplement de respirer autrement.
Découper vingt formes en papier pour fabriquer une guirlande qui ne changera pas notre vie peut paraître dérisoire.
C’est justement ce qui fait du bien.
Pendant ce temps, nous ne cherchons pas à améliorer notre performance, à prévoir l’étape suivante ou à convertir cette activité en avantage futur. Nous sommes occupés par une tâche suffisamment simple pour nous ancrer, et suffisamment libre pour ne pas devenir une obligation.
Nous avons besoin de temps qui ne prépare rien.
De temps qui ne sera pas rentabilisé plus tard.
De temps dont le seul résultat sera une petite chose imparfaite posée sur une étagère.
Les objets inutiles ne sont pas toujours des déchets
Il faut cependant distinguer l’inutile du jetable.
Le plaisir de créer ne peut pas devenir une justification automatique pour produire sans fin des objets dont nous ne savons que faire. Le problème apparaît lorsque le projet n’est plus motivé par une envie réelle de fabriquer, mais par le besoin de suivre chaque tendance, d’utiliser chaque nouveau matériel ou de remplir constamment l’espace.
Une activité créative peut être libre sans être aveugle.
Nous pouvons choisir des matériaux déjà disponibles, démonter d’anciennes créations, donner ce que nous ne souhaitons pas garder ou imaginer des objets capables d’évoluer. Une décoration peut être saisonnière sans finir nécessairement à la poubelle. Une chute peut devenir la matière du prochain essai.
L’objet inutile peut être durable précisément parce qu’il n’est pas impersonnel.
Nous hésitons davantage à jeter ce que nous avons fabriqué, réparé ou transformé. Nous connaissons sa matière et savons comment intervenir lorsque quelque chose se détache.
Le temps passé crée une forme d’attachement.
Il ne garantit pas que nous conserverons tout, mais il rend la relation moins distraite.
Ce que nous fabriquons lorsque nous ne fabriquons rien d’utile
Au fond, le petit objet ne représente peut-être qu’une partie de ce qui se construit.
Nous fabriquons aussi de la patience.
Une habitude d’observer.
La capacité à recommencer sans considérer chaque erreur comme une catastrophe.
Nous découvrons qu’une matière possède ses propres règles, que les couleurs se comportent différemment côte à côte et que la main comprend parfois avant que nous sachions expliquer.
Nous fabriquons un regard plus attentif aux objets des autres.
Après avoir tenté de coudre droit, nous ne regardons plus exactement une couture de la même manière. Après avoir modelé une tasse, nous savons ce que signifie obtenir une paroi régulière. Après avoir passé plusieurs soirées sur quelques centimètres de broderie, nous ne pouvons plus considérer le détail comme allant de soi.
L’objet inutile produit une connaissance très concrète.
Elle ne prendra peut-être jamais la forme d’une compétence professionnelle, mais elle modifie notre perception du monde fabriqué.
Ce n’est pas rien.
Nous avions peut-être besoin de le faire
Il serait tentant de conclure que ces objets sont finalement utiles, puisque leur fabrication nous apaise, nous apprend quelque chose ou embellit nos maisons.
Mais ce serait encore essayer de les défendre avec les critères mêmes auxquels ils échappent.
Nous pouvons peut-être leur laisser le droit de ne pas servir.
Une fleur en papier n’a pas besoin de devenir un exercice de motricité fine, une décoration responsable ou une étape vers une pratique artistique plus ambitieuse. Elle peut simplement être une fleur en papier fabriquée parce que sa couleur nous plaisait.
Le plaisir n’a pas toujours besoin d’un argument supplémentaire.
La prochaine fois qu’un projet vous attire alors que vous possédez déjà un objet équivalent, que vous ne savez pas où poser le résultat ou que personne autour de vous ne comprend vraiment pourquoi vous souhaitez le fabriquer, il n’est peut-être pas nécessaire de chercher une justification.
Vous pouvez sortir les outils.
Choisir la matière.
Commencer.
Il est possible que l’objet ne change rien à votre quotidien.
Mais pendant quelques heures, vous aurez fait apparaître une chose qui n’existait pas encore, simplement parce que vous en aviez envie.
Et il arrive que ce soit exactement ce dont nous avions besoin.
À très vite !
Caroline

















