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 Hello les Makers, j’espère que vous allez bien !

Avant les tableaux Pinterest remplis de cuisines colorées, de broderies fleuries et de pulls que l’on ne tricotera probablement jamais, il y avait les piles de magazines.

Elles occupaient une étagère du salon, le bas d’une armoire ou un carton dans le garage. Certains numéros restaient intacts, rangés par date. D’autres avaient perdu plusieurs pages, découpées pour conserver un modèle de robe, une grille de point de croix ou une idée de décoration de table. Les plus utiles étaient pliés, annotés, parfois tachés par le café ou piqués d’une épingle restée accrochée au papier.

Dans les années 1980 et 1990, trouver une idée créative demandait rarement de partir de rien. Les sources existaient déjà en grand nombre : magazines féminins, revues spécialisées, catalogues de laine, patrons vendus en pochette, vitrines de mercerie, catalogues de vente par correspondance et modèles transmis par une amie. L’inspiration était simplement dispersée entre plusieurs objets et plusieurs lieux.

Elle arrivait moins vite, mais elle restait souvent plus longtemps sous les yeux.

 


  

Le magazine, premier rendez-vous avec les nouveautés

Les magazines occupaient une place centrale. On ne les achetait pas nécessairement pour réaliser immédiatement un projet précis. On les feuilletait pour voir ce qui se faisait, découvrir les couleurs de la saison, repérer un pull ou comprendre comment transformer un meuble. Un numéro pouvait proposer dans les mêmes pages une robe à coudre, une layette, un abat-jour décoré, une recette de cuisine et une idée de cadeau pour la fête des Mères.

Modes & Travaux était déjà une institution. Créé en 1919 autour de la couture, de la broderie et des patrons, le magazine avait accompagné plusieurs générations de lectrices bien avant les années 1980. Lorsqu’il a travaillé sur ses archives pour son quatre-vingt-quinzième anniversaire, il a d’ailleurs demandé à ses lectrices de lui envoyer les anciens patrons, bons de commande et photographies de réalisations qu’elles avaient conservés jusque dans les années 1990. Ces documents montrent que les modèles publiés ne restaient pas enfermés dans les pages : ils devenaient des vêtements, des objets et parfois des souvenirs familiaux.

Prima, lancé en 1982, s’est rapidement imposé avec une formule très concrète mêlant mode, décoration, cuisine, loisirs et conseils pratiques. Le magazine pouvait inclure un modèle de tricot ou permettre de commander un patron de couture. Son succès reposait précisément sur cette densité d’informations immédiatement utilisables : on achetait un seul numéro et l’on repartait avec des idées pour la maison, la garde-robe et les activités créatives.

À côté de ces grands titres généralistes, 100 Idées proposait un univers plus libre, très marqué par le fait-main, la récupération, les textiles et une manière moins conventionnelle de regarder la maison et les vêtements. Le magazine, né au début des années 1970, a disparu en 1988, mais ses derniers numéros appartiennent pleinement à la mémoire créative des années 1980. Des lectrices continuent aujourd’hui à rechercher ses modèles de pulls, de couture ou de décoration, parfois pour refaire un ouvrage porté plusieurs décennies auparavant.

Puis il y avait Burda. Le magazine avait quelque chose d’un peu intimidant lorsque l’on dépliait sa grande planche de patrons couverte de lignes rouges, bleues, vertes et noires qui semblaient toutes se croiser exactement au même endroit. Il fallait repérer le numéro de la pièce, suivre la bonne ligne, la recopier sur du papier adapté et penser à ajouter les marges lorsqu’elles n’étaient pas comprises. Cette complexité n’empêchait pas le magazine de rendre accessibles des vêtements inspirés de la mode du moment. Depuis sa création, Burda a précisément construit son succès sur l’intégration de patrons permettant aux lectrices de coudre elles-mêmes les modèles présentés.

Ces revues constituaient une sorte de fil d’actualité mensuel, mais un fil d’actualité que l’on pouvait poser sur la table, reprendre le lendemain et conserver pendant dix ans.

 

On ne sauvegardait pas une idée, on découpait la page

Lorsqu’un projet plaisait vraiment, plusieurs possibilités existaient. On gardait le magazine entier, on cornait la page ou l’on découpait soigneusement l’article pour le ranger dans un classeur.

Le classement était parfois très organisé. Une pochette pour le tricot, une autre pour les activités d’enfants, une troisième pour les idées de Noël. Dans d’autres maisons, toutes les coupures finissaient dans une chemise cartonnée, mélangées avec des recettes, des échantillons de papier peint et des notices de machines à coudre.

La page découpée avait un avantage évident : elle ne disparaissait pas derrière deux cents nouvelles images. Une fois posée près de la machine à coudre ou glissée dans le panier à laine, elle rappelait régulièrement l’existence du projet. Elle pouvait attendre des mois, mais elle occupait physiquement une place.

Elle avait aussi un inconvénient assez définitif : il arrivait que le verso contienne précisément le début d’un autre modèle dont on aurait besoin plus tard.

Les classeurs de coupures ressemblaient déjà beaucoup à nos tableaux Pinterest. On y rapprochait des images qui ne venaient pas du même univers. Une blouse aperçue dans un magazine de mode pouvait côtoyer un motif extrait d’une revue de broderie et une palette de couleurs découpée dans une publicité. La grande différence était que chaque ajout exigeait une petite décision : fallait-il réellement sacrifier la page pour conserver cette idée ?

 


  

Les catalogues de laine vendaient autant un style qu’une pelote

Pour les tricoteuses, les catalogues Phildar, Pingouin, Bergère de France, Bouton d’Or ou Anny Blatt jouaient un rôle immense. Ils ne se contentaient pas de présenter les fils disponibles. Ils montraient ce que ces fils pouvaient devenir.

Les pulls étaient photographiés dans de vrais décors, portés avec des jupes, des pantalons, des bijoux et parfois des coiffures qui suffisent aujourd’hui à dater immédiatement le catalogue. Un modèle était rarement présenté comme un simple assemblage de mailles. Il appartenait à une silhouette complète : pull oversize aux épaules généreuses, cardigan pastel, jacquard très graphique ou layette ornée de petits motifs.

Phildar éditait dans les années 1980 plusieurs revues et catalogues de modèles, notamment sous les titres Phildar Mailles et Phildar Mode. Au début des années 1990 apparaît également Phildar Magazine. Les notices conservées par la Bibliothèque nationale de France témoignent de cette production régulière et de sa diffusion au-delà de la France, avec plusieurs éditions étrangères.

Bergère de France conserve de son côté les explications de modèles publiés depuis plus de quarante ans et propose encore aux clientes de rechercher un ancien patron dans ses archives. Cette continuité dit beaucoup de l’attachement aux catalogues : certaines personnes ne se souviennent plus du numéro exact, mais gardent en tête « un pull rouge avec des torsades » ou « une veste pour enfant tricotée au début des années 1990 ».

Le catalogue guidait également l’achat. Le modèle indiquait une qualité de laine, une couleur et un nombre précis de pelotes. Il suffisait ensuite de se rendre dans une boutique de la marque ou chez un revendeur. L’inspiration et le matériel étaient réunis dans le même circuit commercial.

Cette organisation avait quelque chose de rassurant, mais aussi de contraignant. Lorsque la laine recommandée n’existait plus, il fallait trouver une équivalence sans calculateur en ligne ni groupe Facebook spécialisé. C’est à ce moment-là qu’intervenait une personne essentielle : la mercière.

 

La mercerie faisait office de moteur de recherche

On arrivait en mercerie avec une page pliée dans le sac, une pelote dont l’étiquette avait disparu ou un morceau de tissu que l’on souhaitait assortir. La demande pouvait être très précise — retrouver exactement ce bouton — ou beaucoup plus vague : « Je voudrais faire quelque chose dans ce style, mais pas avec cette couleur. »

La mercière connaissait les fils, les marques et les tiroirs. Elle savait qu’un galon existait en plusieurs largeurs, qu’une laine pouvait être remplacée par une autre et qu’un tissu trop souple ne donnerait jamais le résultat très structuré de la photographie. Elle ne montrait pas cent cinquante réponses en une seconde. Elle en proposait deux ou trois, en tenant compte du budget, du niveau et de ce qui était réellement disponible dans le magasin.

Cette limitation influençait le projet. Si le bleu exact n’existait pas, on repartait avec un vert. Si les boutons coûtaient trop cher, on choisissait une fermeture différente. Si le tissu à fleurs ne possédait pas le bon tombé, il fallait revoir le modèle.

L’idée ne restait donc pas toujours fidèle à l’image d’origine. Elle se transformait au contact des matières et des contraintes.

La mercerie était également un lieu de transmission. Une cliente pouvait montrer son ouvrage, demander comment réaliser une finition ou entendre une conversation sur une technique qu’elle ne connaissait pas. L’information circulait entre les rayons, sans publication ni nombre d’abonnés. Elle dépendait beaucoup des personnes présentes ce jour-là.

 


 

 

Les modèles voyageaient entre les familles, les voisines et les collègues

Lorsqu’une personne possédait un beau patron, il était rare qu’elle soit la seule à l’utiliser. Les magazines et les catalogues circulaient entre sœurs, amies, voisines et collègues. On prêtait un numéro en précisant qu’il faudrait absolument le rendre, puis l’on oubliait parfois à qui il appartenait.

Les modèles courts pouvaient être recopiés à la main. Les grilles de tricot ou de point de croix se reproduisaient sur du papier quadrillé. Pour les patrons de couture, on utilisait du papier de soie, du papier carbone ou une roulette permettant de reporter les lignes. Avec la généralisation des photocopies, les pages ont commencé à circuler encore plus facilement, souvent accompagnées d’annotations ajoutées par les personnes qui avaient déjà réalisé le modèle.

Ces notes manuscrites étaient parfois plus précieuses que les explications officielles : « attention, manches trop courtes », « prévoir une pelote supplémentaire », « ne pas suivre le rang 12, il y a une erreur ».

Le modèle devenait collectif. Son origine pouvait finir par se perdre complètement. On savait seulement qu’il venait d’une tante, d’une ancienne collègue ou de la mère d’une amie. Quelques générations plus tard, il se retrouvait dans une pochette transparente avec un titre écrit au stylo : « pull beige de Véronique ».

Cette circulation était une forme de réseau social, mais un réseau de petite taille, fondé sur la confiance et la proximité. Elle favorisait les échanges, tout en limitant fortement l’accès aux idées. Une personne entourée de couturières et de tricoteuses disposait d’une bibliothèque vivante. Une autre pouvait ne connaître personne capable de lui expliquer comment monter une fermeture éclair.

 

Les catalogues de vente par correspondance étaient de gigantesques moodboards

Toutes les inspirations ne venaient pas de publications créatives. Les catalogues de La Redoute, des 3 Suisses ou de la Blanche Porte occupaient eux aussi une place importante dans les maisons.

On y regardait les vêtements, bien sûr, mais également les chambres, les rideaux, les dessus-de-lit, les luminaires et les associations de couleurs. Une page pouvait donner envie de raccourcir une jupe, de coudre des coussins assortis ou de repeindre un meuble. Les images montraient des intérieurs complets dans lesquels chaque objet semblait naturellement à sa place.

La Redoute avait développé son premier catalogue de vente à distance dès 1928 et proposait déjà depuis longtemps de la mode, du linge, de l’ameublement et des loisirs. Dans les années 1980 et 1990, ces gros catalogues saisonniers étaient suffisamment présents pour devenir des références visuelles communes. Les bibliothèques du CNAM conservent notamment les éditions de 1982, 1985, 1994 et 1995, tandis que le musée La Piscine de Roubaix souligne le rôle de l’entreprise dans la diffusion de la mode et du design auprès d’un très large public.

Ces catalogues n’expliquaient pas comment fabriquer les objets présentés. Ils fournissaient autre chose : des silhouettes, des ambiances et des détails que l’on pouvait tenter de reproduire avec ce que l’on avait déjà.

Il arrivait ainsi qu’une idée de couture commence non pas devant un patron, mais devant une robe que l’on n’avait pas l’intention de commander.

  

Les vitrines et les vêtements des autres comptaient beaucoup

Avant de pouvoir photographier discrètement un détail avec son téléphone, il fallait observer et mémoriser.

Une veste aperçue dans une vitrine pouvait donner envie de changer la forme d’un col. Un pull porté par une collègue devenait le point de départ d’un modèle tricoté à la maison. On regardait comment une poche était placée, comment un tissu tombait ou comment deux couleurs étaient associées. Lorsque la personne était proche, on pouvait lui demander de retourner le vêtement pour comprendre la couture. Dans le cas contraire, il fallait reconstruire le souvenir une fois rentrée.

Cette manière de chercher demandait moins de vocabulaire technique. On ne savait pas toujours qu’une manche était raglan, qu’une jupe était coupée dans le biais ou qu’un motif appartenait à une technique particulière. On voyait simplement un effet que l’on souhaitait retrouver.

L’imprécision créait des écarts. Le résultat ne ressemblait pas exactement au modèle observé, mais c’est souvent dans ces écarts que se glissait une part de création personnelle.

 


  

À la fin des années 1990, les loisirs créatifs deviennent un univers identifié

Le vocabulaire lui-même évolue au cours de cette période. Pendant longtemps, on parlait surtout de travaux manuels, d’ouvrages de dames, de couture ou de bricolage. L’expression « loisirs créatifs » s’impose progressivement pour réunir des activités très diverses sous une même bannière plus moderne.

Le premier salon Créations & savoir-faire est organisé à Paris en 1996. Pensé comme un rendez-vous consacré au faire soi-même, il rassemble des techniques, des fournitures, des démonstrations et des ateliers. Son développement accompagne la transformation de pratiques auparavant dispersées en un véritable marché identifié.

À Toulouse, un salon des loisirs créatifs réunissait déjà près de quatre-vingts exposants en octobre 1999, autour de la broderie, de la décoration, des perles, du papier et d’autres techniques accessibles au grand public. Les visiteurs pouvaient découvrir des produits, observer les gestes et participer à des initiations.

Les salons ajoutaient une dimension nouvelle : il devenait possible de réunir en une seule journée ce que l’on cherchait auparavant dans plusieurs magazines et plusieurs boutiques. On repartait avec des sacs de fournitures, des fiches explicatives et suffisamment d’idées pour plusieurs années.

Certaines sont probablement encore dans un placard.

 

Avait-on vraiment moins d’idées ?

Nous pourrions penser que les créatrices des années 1980 et 1990 vivaient dans un univers pauvre en images. En réalité, elles disposaient déjà de nombreuses sources. La vraie différence concernait moins la quantité absolue que l’accès et le rythme.

Un magazine proposait quelques dizaines de projets sélectionnés par une rédaction. Un catalogue de laine montrait une collection par saison. Une mercerie travaillait avec un nombre limité de fournisseurs. Ces filtres réduisaient les choix, mais rendaient chaque image plus visible.

Aujourd’hui, Pinterest peut afficher davantage d’idées en une heure qu’une personne n’en aurait découvert en plusieurs mois. Cette richesse est extraordinaire lorsque l’on cherche une technique précise ou que l’on souhaite sortir des tendances proposées par les grandes marques. Elle permet de découvrir des créatrices indépendantes, des pratiques venues d’autres pays et des manières de faire auxquelles nous n’aurions jamais eu accès auparavant.

Elle peut aussi donner l’impression étrange de ne jamais avoir trouvé la bonne idée. Après une robe, il en apparaît une autre, puis une troisième, peut-être un peu plus originale ou plus simple à réaliser. La recherche continue alors même que le premier modèle convenait parfaitement.

Dans les années 1980 et 1990, on choisissait parfois un projet simplement parce que c’était le plus beau parmi ceux que l’on avait sous les yeux. Ce choix n’était pas nécessairement meilleur, mais il permettait de commencer.

 

Des idées moins nombreuses, mais davantage transformées

Les anciens modèles étaient rarement reproduits à l’identique. Les matières disponibles, le budget, le niveau technique et les conseils reçus modifiaient le projet. Une robe devenait une blouse, un pull perdait ses manches ballon et une broderie changeait entièrement de couleurs parce qu’il fallait utiliser les fils déjà présents dans la boîte.

Cette adaptation était parfois choisie. Elle était souvent imposée.

Pinterest nous donne aujourd’hui accès à des références extrêmement précises. Nous pouvons trouver le même tissu, le même patron et parfois la vidéo montrant chaque étape. Cela facilite énormément l’apprentissage, mais peut aussi rendre l’écart avec l’image finale plus difficile à accepter.

Les créatrices des années 1980 et 1990 n’étaient pas plus inventives par nature. Elles étaient simplement habituées à combler les informations manquantes. Le modèle leur fournissait un point de départ, pas toujours une route parfaitement balisée.

Avant Pinterest, les idées se trouvaient dans les magazines, les catalogues de laine, les vitrines et les merceries. Elles se glissaient aussi dans les sacs à main sous la forme d’une photocopie, passaient d’une table de cuisine à une autre et revenaient parfois plusieurs années plus tard, annotées par une personne dont on ne reconnaissait plus l’écriture.

Nous avons depuis gagné un accès incomparable aux images et aux savoir-faire. Mais il reste quelque chose de très attachant dans ces anciens classeurs : ils ne contenaient pas tout ce qui aurait pu nous plaire. Ils conservaient uniquement ce que quelqu’un avait pris le temps de choisir.

 

Et vous, avez-vous encore chez vous un ancien catalogue de tricot, une planche de patrons ou un classeur rempli de pages découpées ?

À très vite !

Caroline

 Hello les Makers, j’espère que vous allez bien !

En juin 2026, le Grand Prix du concours Stationery of the Year n’a pas été attribué à un stylo électronique, à un accessoire connecté ou à une invention particulièrement spectaculaire. Le produit récompensé était un carnet à spirale fabriqué par Maruman.

À première vue, le spiral note BASIC ressemble à un très beau carnet, mais il reste un objet que nous connaissons tous : une couverture sobre, des feuilles de papier et une reliure composée d’anneaux métalliques. Le jury a pourtant distingué la qualité de son papier, la facilité avec laquelle les pages peuvent être tournées ou détachées, le choix des couleurs et l’équilibre général du produit. Chaque détail avait été pensé pour rendre l’écriture plus agréable, sans modifier la fonction première du carnet.

 

Stylo à bille Maruman B5 Spirals - Tokyo Pen Shop 

 Cette récompense résume assez bien la relation que le Japon entretient avec la papeterie. Un objet n’a pas besoin d’être complexe pour mériter un véritable travail de design. Une gomme peut être repensée pour moins se casser, une paire de ciseaux pour tenir dans une trousse, un marque-page pour suivre automatiquement la page que l’on est en train de lire. Même le noir d’un stylo peut se décliner en plusieurs nuances, selon que l’on recherche une écriture formelle, douce, chaleureuse ou légèrement colorée.

La papeterie japonaise est souvent présentée en Europe à travers ses produits les plus mignons, ses encres délicates, ses masking tapes et ses gadgets ingénieux. Cette image n’est pas fausse, mais elle reste incomplète. Derrière ces objets existe tout un écosystème composé de salons professionnels, de festivals ouverts au public, de foires consacrées au papier et de concours de design suivis avec beaucoup de sérieux.

Au Japon, les fournitures de bureau ne sont pas seulement exposées et vendues. Elles sont testées, collectionnées, commentées, comparées et récompensées.

 

ISOT, le grand rendez-vous professionnel de la papeterie japonaise

L’ISOT, pour International Stationery & Office Products Fair Tokyo, est l’un des grands salons professionnels consacrés à la papeterie et aux fournitures de bureau. Il se déroule dans le cadre de la Lifestyle Week Tokyo, un ensemble de salons dédiés aux objets de la maison, aux cadeaux, aux accessoires, au design et aux produits du quotidien.

Contrairement à une foire ouverte principalement aux passionnés, l’ISOT s’adresse aux acheteurs, aux distributeurs, aux enseignes, aux importateurs et aux professionnels à la recherche de nouveautés. Les fabricants viennent y présenter leurs dernières collections, rencontrer de futurs partenaires commerciaux ou montrer leur savoir-faire en matière de fabrication.

Les produits exposés peuvent être aussi simples qu’un crayon, un classeur ou un carnet. Le salon accueille également des instruments d’écriture, des agendas, des notes adhésives, des rubans décoratifs, des cartes, des règles, des taille-crayons, des trousses et tous ces petits outils que nous utilisons parfois quotidiennement sans réfléchir à la manière dont ils ont été conçus.

C’est au sein de ce salon qu’est organisé le concours Stationery of the Year. En 2026, les nouveautés pouvaient concourir dans quatre catégories : fonctionnalité, design, développement durable et tendance. Plusieurs prix d’excellence étaient sélectionnés dans chacune d’elles avant la désignation d’un Grand Prix. Le jury réunissait notamment des spécialistes du design et des responsables de magazines japonais consacrés aux produits et aux tendances.

Les récompenses ne servent pas uniquement à féliciter les designers. Les produits lauréats sont exposés pendant le salon, présentés aux acheteurs et susceptibles d’être repris par les médias japonais. Les marques obtiennent également le droit d’utiliser le logo du prix sur les emballages, les catalogues et leurs sites Internet. Dans un rayon de papeterie particulièrement dense, ce petit symbole peut devenir un véritable argument commercial.

Le palmarès 2026 montre d’ailleurs que les jurés ne recherchent pas une seule forme d’innovation. Parmi les produits récompensés figuraient un perforateur permettant de fabriquer ses propres recharges de mini-agenda, un presse-papiers pliable passant du format A4 au format A5, une gomme développée pour mieux résister à la casse et un outil combinant une petite paire de ciseaux et une pince destinée à manipuler les stickers. Un bloc-notes fabriqué à partir de surplus de papier coloré a également été remarqué dans la catégorie consacrée au développement durable.

L’invention se glisse ici dans des gestes minuscules : tourner une page, saisir un autocollant, ranger un document, gommer un détail ou transporter un carnet dans un sac déjà bien rempli.

 

  

La Bungu Joshi Haku, une immense fête de la papeterie

À quelques kilomètres seulement de l’univers très professionnel de l’ISOT, la papeterie prend une tout autre dimension avec la Bungu Joshi Haku.

Créée en décembre 2017, cette manifestation se présente comme l’un des plus grands événements japonais de vente de papeterie. Son nom signifie littéralement « foire de papeterie pour femmes », mais les organisateurs précisent que le salon accueille les visiteurs de tous âges et de tous genres. Depuis sa création, ses différentes éditions ont réuni plus de 650 000 personnes. Plus de 50 000 produits peuvent être proposés au cours d’un seul événement.

L’édition organisée à Tokyo en juin 2026 occupait le centre Ariake GYM-EX pendant quatre jours. Les visiteurs devaient acheter leur billet à l’avance et pouvaient parcourir les stands de fabricants historiques, de marques de carnets, de boutiques spécialisées, d’imprimeurs et de petits studios de création. Certains produits étaient lancés en avant-première tandis que d’autres avaient été conçus spécialement pour l’événement.

L’ambiance se rapproche davantage d’un festival que d’un salon de fournitures de bureau. On ne vient pas uniquement remplacer un stylo vide ou acheter le cahier dont on a besoin. On vient découvrir une couleur d’encre, une forme de trombone, une nouvelle collection de stickers ou un masking tape que l’on ne trouvera peut-être nulle part ailleurs.

Cette manière d’acheter transforme la papeterie en un univers proche de celui des accessoires de mode. Les objets sont choisis pour leur utilité, mais aussi parce qu’ils correspondent à une saison, une humeur ou une manière personnelle d’organiser son agenda. Un carnet n’est plus seulement une série de pages. Il peut devenir le début d’un projet de journaling, le support d’une collection d’autocollants ou un objet que l’on conservera vide pendant plusieurs mois parce que l’on attend encore l’idée qui le mérite.

 

Un prix directement attribué par les passionnés

La Bungu Joshi Haku organise également le Bungu Joshi Award, dont les résultats reposent sur les votes des visiteurs. Le fonctionnement est très différent de celui du concours de l’ISOT. Les produits ne sont plus uniquement évalués par des designers, des journalistes ou des professionnels du marché. Ils sont observés par les personnes qui les utiliseront réellement.

Lors de l’édition principale de décembre 2025, organisée à Yokohama, 58 000 visiteurs ont découvert les 112 produits présentés au concours. Le Grand Prix a été attribué au Hanko co Slide de Kutsuwa, un petit étui coulissant destiné à transporter et à utiliser plus facilement un sceau personnel japonais.

D’autres récompenses ont mis en lumière des produits mêlant humour et fonctionnalité. Un porte-trombones magnétique inspiré d’un nid d’oiseau a été distingué pour son design, tandis qu’un marque-page en silicone capable de suivre la page au fur et à mesure de la lecture a reçu un prix récompensant son aspect pratique. Les commentaires publiés par les votants insistent autant sur le plaisir provoqué par l’objet que sur le problème concret qu’il permet de résoudre.

Cette double attente est essentielle pour comprendre la papeterie japonaise contemporaine. Un accessoire peut être extrêmement bien pensé sans adopter une apparence strictement fonctionnelle. Il a le droit d’être drôle, attendrissant ou surprenant. La petite histoire racontée par l’objet ne vient pas masquer son usage : elle donne envie de l’utiliser.

  

La Kami Haku, lorsque le papier devient une matière de collection

La Kami Haku appartient encore à un autre univers. Son nom peut être traduit par « Foire du papier », mais l’événement ressemble davantage à un grand festival de l’illustration, de l’impression et des objets en papier.

On y retrouve des cartes postales, des tampons, des stickers, des masking tapes, des créations en impression typographique, des carnets, des papiers décoratifs et des travaux d’illustrateurs. Les fabricants de papeterie y côtoient des imprimeurs, des artistes, des éditeurs et des créateurs indépendants.

En mars 2026, l’édition organisée à Tokyo a réuni 161 exposants sur quatre étages du Tokyo Metropolitan Industrial Trade Center. Une seconde édition tokyoïte est programmée du 4 au 6 septembre 2026, tandis que le festival se déplace également dans différentes villes japonaises.

La sélection des exposants donne à la Kami Haku une identité très particulière. Les stands ne ressemblent pas à de simples rayons de magasin déplacés dans un hall. Ils mettent en scène des univers graphiques complets, avec leurs personnages, leurs couleurs, leurs motifs et leurs collections.

Le papier y est présenté comme une matière à part entière. On regarde son grain, sa transparence, sa manière de recevoir une encre ou une impression dorée. On peut être attiré par une carte sans avoir l’intention de l’envoyer, simplement parce que l’on aime le travail de l’illustrateur ou la technique d’impression utilisée.

Je trouve cette relation au papier particulièrement intéressante à une époque où nous utilisons de moins en moins de documents imprimés par nécessité. Le papier n’a pas disparu, mais sa fonction évolue. Dès lors qu’un message peut être envoyé en quelques secondes depuis un téléphone, écrire une lettre ou choisir une carte devient un geste volontaire. L’objet papier n’est plus toujours indispensable ; il devient précisément précieux parce que nous avons décidé de le conserver.

 

  

Des salons entièrement consacrés à l’écriture

Le Tokyo International Pen Show permet d’observer une autre communauté : celle des passionnés de stylos, de plumes, d’encres et de beaux papiers.

L’édition 2026 doit se tenir du 21 au 23 novembre au Tokyo Metropolitan Industrial Trade Center de Hamamatsucho. Le salon rassemble des fabricants, des artisans, des boutiques spécialisées et des créateurs d’accessoires liés à l’écriture.

Dans ce type d’événement, l’apparence du stylo ne suffit pas. On s’intéresse à son poids, à l’équilibre du corps, à la largeur de la plume et à la manière dont l’encre réagit sur différents papiers. Une même couleur peut paraître plus claire, plus profonde ou légèrement brillante selon la formulation de l’encre et la qualité de la feuille.

Ce niveau d’attention peut sembler excessif à une personne qui considère le stylo comme un objet interchangeable. Il devient beaucoup plus compréhensible lorsque l’on pense à la couture. Une paire de ciseaux ordinaire et de bons ciseaux de tailleur permettent tous les deux de couper un tissu, mais l’expérience, la précision et le plaisir du geste ne sont pas les mêmes. Les amateurs de stylos entretiennent une relation comparable avec leurs instruments d’écriture.

 

Le KOKUYO Design Award, imaginer la papeterie avant même sa fabrication

Certains des concours japonais les plus intéressants ne sont pas directement liés à une foire. Le KOKUYO Design Award, créé par le fabricant de papeterie et de mobilier KOKUYO, est un concours international de design destiné à faire émerger de nouvelles idées et à accompagner leurs créateurs.

Les projets présentés ne sont pas nécessairement des produits déjà prêts à être commercialisés. Ils peuvent être encore au stade du concept ou du prototype. Les finalistes doivent montrer que leur proposition répond à un véritable usage, qu’elle porte une idée claire et qu’elle pourrait éventuellement devenir un produit.

Pour l’édition 2026, 1 344 projets ont été reçus, dont 785 provenant du Japon et 559 de l’étranger. Le Grand Prix a été attribué à Hiroki Kannari pour Before Note.

L’objet se présente comme un ensemble de feuilles déjà assemblées, mais auquel il manque encore la forme définitive du carnet. L’utilisateur peut choisir le nombre de pages et la couverture avant de terminer l’objet. Le designer a ainsi imaginé un produit situé juste avant le carnet fini, capable de conserver les avantages d’une fabrication en série tout en laissant une véritable place à la personnalisation.

Le projet ne cherche pas à ajouter des fonctions à un carnet. Il retire au contraire une partie de ce qui avait été décidé par le fabricant. L’objet reste volontairement inachevé pour que son futur propriétaire puisse participer à sa conception.

Cette idée pourrait facilement s’appliquer à d’autres domaines créatifs. Nous achetons souvent des produits totalement terminés, alors que la possibilité de choisir un détail, d’assembler plusieurs éléments ou de réaliser la dernière étape suffit à créer une relation beaucoup plus personnelle avec eux.

 

Lorsque les utilisateurs sont invités à devenir inventeurs

Sun-Star Stationery organise de son côté un concours d’idées de papeterie ouvert au grand public. En 2026, la trente-et-unième édition avait pour thème le son « en », qui peut renvoyer en japonais à différentes idées selon le caractère utilisé : le lien, le cercle, le soutien, la distance ou encore le yen.

Le concours comprend une catégorie générale et une catégorie réservée aux jeunes participants. Le Grand Prix de la catégorie générale est doté d’un million de yens, tandis que plusieurs autres récompenses sont attribuées par l’entreprise et le jury.

L’existence d’une catégorie destinée aux enfants est loin d’être anecdotique. Elle indique que l’on ne considère pas uniquement la papeterie comme un secteur industriel réservé aux ingénieurs et aux designers professionnels. Tout utilisateur peut repérer une gêne dans son quotidien et imaginer une manière de la résoudre.

Un capuchon que l’on perd régulièrement, une règle difficile à soulever sur une table ou un livre qui refuse de rester ouvert peuvent devenir les points de départ d’une invention. Le concours apprend à regarder les objets existants non comme des formes définitives, mais comme des réponses encore perfectibles.

 


 

 

Le design japonais ne cherche pas toujours à se faire remarquer

Lorsque nous parlons de design, nous pensons souvent à une forme spectaculaire, à un objet signé ou à une pièce destinée à être exposée. La papeterie japonaise montre une autre possibilité.

Le design peut consister à déplacer légèrement un bouton, à modifier l’angle d’une lame, à choisir un papier moins transparent ou à créer une gomme qui se casse moins facilement. Le résultat n’est pas toujours immédiatement visible sur une photographie. Il se découvre lorsque l’objet est pris en main.

Cela explique sans doute pourquoi les foires et les salons conservent une place aussi importante. Une fiche produit en ligne peut montrer la couleur d’un carnet, mais elle ne permet pas de sentir la glisse du papier. Elle peut expliquer qu’un stylo est bien équilibré, mais elle ne remplace pas l’instant où l’on écrit quelques mots avec lui. La papeterie appartient à ces familles d’objets dont la qualité se révèle dans le geste.

Les événements japonais ajoutent à cette dimension fonctionnelle une véritable culture de la collection et de la nouveauté. Les séries limitées, les couleurs exclusives et les collaborations entre fabricants et illustrateurs créent une attente comparable à celle que l’on retrouve dans la mode. Cette logique commerciale fonctionne parce qu’elle s’appuie sur des produits que les utilisateurs connaissent intimement. Presque tout le monde sait ce qu’il attend d’un bon stylo ou d’un bon carnet.

 

Bien plus qu’une accumulation de petits objets mignons

Réduire la papeterie japonaise au mot kawaii ferait passer à côté de ce qui la rend si particulière. La fantaisie est bien présente, mais elle cohabite avec une observation très précise des usages.

Un trombone peut prendre la forme d’un oiseau, mais il doit continuer à maintenir correctement les feuilles. Une paire de ciseaux peut être assez petite pour ressembler à un accessoire de collection, mais elle doit rester agréable à manipuler. Un carnet peut posséder une couverture magnifique, mais son papier doit supporter l’encre choisie par son propriétaire.

Les foires et les prix japonais rendent visible ce travail. Ils donnent une scène à des objets que nous considérons ailleurs comme trop ordinaires pour mériter une exposition. Ils rappellent aussi que l’innovation ne passe pas nécessairement par un écran, une batterie ou une application.

Il reste encore énormément de choses à inventer autour d’une feuille de papier, d’un crayon et d’une paire de ciseaux.

La prochaine fois que vous utiliserez votre stylo préféré ou que vous ouvrirez un carnet que vous avez choisi avec soin, regardez les détails qui rendent ce geste agréable. Quelqu’un a décidé de la forme de l’objet, de son poids, de sa matière et de la manière dont il allait se poser dans votre main.

 

Et vous, quel est le petit objet de papeterie dont vous ne pourriez plus vous passer ?

À très vite !

Caroline

 Hello les Makers, j’espère que vous allez bien !

Il suffit parfois de regarder un vêtement d’un peu plus près pour découvrir que sa construction raconte toute une histoire. Prenez un sweat classique. Sur certains modèles, la couture de la manche forme un arrondi autour de l’épaule. Sur d’autres, elle part de l’aisselle et remonte en diagonale jusqu’à l’encolure. Cette ligne, que l’on remarque à peine lorsqu’elle est cousue dans un tissu uni, devient immédiatement visible lorsque le corps et les manches sont réalisés dans deux couleurs différentes.

C’est elle qui permet de reconnaître la fameuse manche raglan.

On parle souvent de « coupe raglan », notamment dans les descriptions de vêtements, mais le terme le plus précis reste celui de « manche raglan ». Cette construction se retrouve aussi bien sur un tee-shirt de sport que sur une blouse ample, un pull tricoté, un imperméable ou un élégant manteau en laine. Selon la matière et le volume choisis, elle peut sembler très décontractée ou, au contraire, devenir un véritable détail de coupe.

Mais qu’a-t-elle de différent d’une manche classique ? Pourquoi porte-t-elle ce nom assez étrange ? Et est-elle réellement plus confortable et plus facile à coudre ?

 


 

Comment reconnaître une manche raglan ?

Sur une manche classique, appelée en couture « manche montée », le devant et le dos du vêtement comportent une emmanchure arrondie. La manche est préparée séparément, puis insérée dans cette ouverture. La couture suit donc le contour de l’épaule et passe sous le bras.

La manche raglan est construite différemment. Elle ne s’arrête pas à l’extrémité de l’épaule : elle remonte jusqu’à l’encolure. Elle est reliée au devant et au dos du vêtement par deux coutures obliques qui partent généralement de l’aisselle pour rejoindre le col. La définition paraît technique, mais elle devient très claire dès que l’on observe un sweat dont les manches contrastent avec le reste du vêtement. Les deux diagonales encadrent alors le haut du buste comme de grands empiècements.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, une manche raglan n’est pas forcément constituée d’une seule pièce. Sur un tee-shirt ou un sweat simple, elle peut effectivement être coupée d’un seul tenant. Sur un manteau plus travaillé, elle peut être divisée en deux parties afin de mieux accompagner le bras, de créer un coude légèrement formé ou d’obtenir une silhouette plus structurée. On trouve même des constructions hybrides, avec une ligne raglan uniquement sur le devant ou sur le dos.

La couture diagonale reste donc son principal signe distinctif, mais elle laisse une grande liberté aux modélistes.

 

Une manche sans véritable ligne d’épaule

La différence entre une manche raglan et une manche montée ne se limite pas à l’emplacement d’une couture. Elle modifie la manière dont le vêtement dessine le haut du corps.

Sur une chemise, une veste ajustée ou un blazer, la couture d’épaule donne un repère très clair. Elle marque l’endroit où le buste s’arrête et où le bras commence. Lorsqu’elle est parfaitement positionnée, elle contribue à l’allure nette et structurée du vêtement.

La manche raglan efface cette séparation. La ligne de l’épaule devient plus douce et se prolonge visuellement vers la manche. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle est fréquemment associée aux vêtements confortables, sportifs ou décontractés. Elle convient également très bien aux pièces amples, car elle permet de créer du volume autour du haut du corps sans ajouter une couture d’épaule rigide.

Cela ne signifie pas pour autant que toutes les manches raglan donnent la même silhouette. Une couture très verticale, partant près du cou, n’aura pas le même effet qu’une ligne plus ouverte rejoignant une encolure large. Des manches foncées associées à un corps clair peuvent attirer le regard vers les diagonales et redessiner visuellement le buste. Dans un tissu uni, la construction se fait beaucoup plus discrète.

C’est ce que j’aime dans ce type de manche : elle paraît extrêmement simple, alors qu’un petit changement dans l’inclinaison de la couture peut modifier toute l’allure du vêtement.

  

Pourquoi l’appelle-t-on « raglan » ?

Le nom de cette manche nous ramène au début du XIXe siècle et à un militaire britannique, FitzRoy James Henry Somerset, devenu plus tard le premier baron Raglan.

En 1815, alors qu’il sert auprès du duc de Wellington pendant la bataille de Waterloo, FitzRoy Somerset est grièvement blessé au bras droit. Celui-ci doit être amputé. Il poursuit pourtant sa carrière militaire et devient plusieurs décennies plus tard commandant des forces britanniques pendant la guerre de Crimée. Le National Army Museum de Londres confirme qu’il a perdu un bras à Waterloo et qu’il a ensuite été élevé au rang de baron Raglan.

L’histoire communément racontée veut qu’un manteau ait été spécialement conçu ou adapté pour lui après son amputation. L’absence de couture placée exactement sur l’épaule aurait facilité l’habillage et laissé davantage d’aisance autour du haut du corps. Cette nouvelle construction aurait ensuite pris son nom.

Il faut néanmoins rester un peu prudent avec cette version. Comme souvent dans l’histoire de la mode, une explication séduisante a été répétée jusqu’à devenir une évidence, alors que les détails précis de l’invention sont difficiles à établir. On ne sait pas avec certitude si Lord Raglan a réellement imaginé cette manche, s’il en a passé commande auprès d’un tailleur ou si son nom a simplement été associé plus tard à une forme de manteau qu’il avait l’habitude de porter.

Un indice invite d’ailleurs à la nuance : la première utilisation connue de l’expression anglaise « raglan sleeve » daterait de 1866, soit plus de dix ans après la mort de Lord Raglan en 1855.

La manche raglan conserve malgré tout cette origine militaire dans son nom. Elle rejoint ainsi la longue liste des vêtements passés du vestiaire militaire à notre quotidien, au même titre que le trench-coat, le cardigan, le caban ou le bomber.

 

 

 

La manche raglan est-elle vraiment plus confortable ?

On lit souvent que la manche raglan offre une plus grande liberté de mouvement. C’est généralement vrai lorsque le vêtement a été pensé dans ce but, mais la présence d’une couture diagonale ne suffit pas, à elle seule, à rendre une pièce confortable.

L’absence de couture au sommet de l’épaule évite qu’un point précis du vêtement ne vienne contraindre cette zone. La manche peut aussi être dessinée avec davantage d’aisance sous le bras et autour du buste. C’est particulièrement appréciable sur les sweats, les vêtements de pluie, les pièces de sport ou les manteaux destinés à être portés sur plusieurs épaisseurs.

Une manche raglan très ajustée, réalisée dans un tissu rigide ou mal adaptée à la morphologie de la personne qui la porte, peut néanmoins limiter les mouvements ou créer des plis. À l’inverse, une manche montée correctement patronnée peut être parfaitement confortable.

Le confort dépend donc de l’ensemble du modèle : la profondeur de l’emmanchure, la largeur de la manche, l’aisance prévue au niveau de la poitrine et du dos, la souplesse du tissu et la forme de l’encolure. Le raglan constitue une construction intéressante, mais ce n’est pas une formule magique.

Il présente aussi un avantage pour les vêtements dont la taille d’épaule est difficile à ajuster. Comme il n’existe pas de couture horizontale devant tomber exactement au bout de l’épaule, le vêtement peut s’adapter plus facilement à différentes carrures. Cela explique en partie sa présence dans les coupes amples, les vêtements mixtes et certaines pièces proposées dans une large gamme de tailles.

  

Du sweat de sport au manteau élégant

La manche raglan est tellement associée au sweat que l’on pourrait croire qu’elle appartient exclusivement au vestiaire sportif. Les tee-shirts bicolores, avec un corps blanc et des manches contrastées, ont largement contribué à cette image. Ils rappellent notamment les tenues de baseball américaines, même si toutes les tenues portées dans ce sport ne sont pas construites de cette façon.

Le raglan ne se limite pourtant pas au jersey et au molleton. On le retrouve depuis longtemps sur les imperméables et les trenchs, où son volume permet de porter une veste, un pull ou un costume en dessous. Sur un manteau en laine, une manche raglan en deux parties peut créer une ligne particulièrement élégante, beaucoup plus travaillée que celle d’un simple sweat.

Les patrons contemporains utilisent également cette coupe pour des blouses en popeline, des robes en viscose, des chemisiers froncés ou des manches ballon. Le tissu et les finitions transforment complètement son caractère. Dans une matière souple, les coutures peuvent presque disparaître au milieu des fronces. Dans une étoffe ferme, elles dessinent au contraire deux lignes graphiques qui structurent le vêtement.

Le raglan est également très présent dans le tricot. Les pulls commencés par l’encolure sont souvent construits autour de quatre lignes d’augmentations qui descendent en diagonale vers les aisselles. Ces lignes peuvent rester presque invisibles ou devenir un élément décoratif grâce à des jours, des torsades ou des points contrastants.

Une même construction peut donc évoquer un vestiaire sportif, une pièce romantique, un vêtement d’extérieur britannique ou un pull tricoté à la main. Peu de manches traversent aussi facilement des univers aussi différents.

 

Est-elle plus facile à coudre qu’une manche montée ?

Pour une personne qui débute en couture, le montage d’une manche classique peut sembler assez mystérieux. Il faut faire correspondre une tête de manche arrondie avec une emmanchure qui possède une autre courbe, répartir l’embu sans créer de fronces involontaires, puis piquer le tout dans un espace parfois étroit.

La manche raglan évite généralement cette étape. Ses bords sont assemblés aux côtés du devant et du dos par des coutures qui ressemblent davantage à des coutures classiques. C’est pour cette raison que de nombreux patrons destinés aux débutants utilisent cette construction. Burda la présente notamment comme plus simple à réaliser qu’une manche montée, tandis que Closet Core souligne qu’un manteau à manches raglan permet d’éviter l’étape complexe de l’insertion des manches.

Il ne faut cependant pas en conclure que tous les patrons raglan sont élémentaires. Une manche en deux parties, un manteau doublé, une encolure complexe ou une blouse très froncée peuvent demander une vraie précision. Les quatre coutures qui rejoignent l’encolure doivent arriver exactement au bon endroit, sans quoi le col risque de ne plus correspondre.

Les coutures raglan sont également souvent coupées dans une direction oblique par rapport au droit-fil. Elles peuvent donc se déformer plus facilement, surtout sur un tissu lourd. Pour certains manteaux, les professionnels recommandent de les stabiliser avec un ruban ou un entoilage adapté afin qu’elles ne s’allongent pas sous le poids du vêtement.

Plus simple ne signifie donc pas négligé. La manche raglan pardonne certaines difficultés de montage, mais demande tout de même de respecter les repères du patron et de manipuler les pièces avec soin.

 

 


 

Quel tissu choisir pour une coupe raglan ?

Le choix dépend surtout du vêtement que l’on souhaite réaliser. Pour un premier projet, un sweat en jersey épais ou en molleton reste une option assez rassurante. La matière extensible accompagne les mouvements et tolère de petites différences lors de l’assemblage. Les coutures contrastées peuvent même devenir un élément décoratif en associant deux couleurs ou deux imprimés.

Pour une blouse, une popeline donnera davantage de tenue aux coutures et aux éventuels volumes de manches. Une viscose ou un voile produiront un résultat plus fluide, mais demanderont un peu plus de maîtrise lors de la coupe et de l’assemblage.

Sur une veste ou un manteau, le lainage permet de mettre en valeur la ligne continue entre le cou et le bras. Le patron sera souvent plus complexe, avec une manche en plusieurs pièces et parfois une doublure, mais le raglan y révèle toute son élégance.

Avant de choisir un tissu, il est surtout utile d’observer les photographies et le dessin technique du patron. Une blouse raglan très ample n’aura pas le même besoin de tenue qu’un sweat près du corps. La souplesse, l’épaisseur et l’élasticité du tissu doivent correspondre au volume prévu par le modèle.

 

Comment repérer une manche raglan sur un patron ?

Lorsqu’un vêtement est déjà cousu, il suffit de chercher les coutures diagonales qui rejoignent l’encolure. Sur une planche de patron, la forme est parfois moins évidente au premier regard.

Les pièces du devant et du dos ne possèdent pas l’emmanchure arrondie caractéristique d’un corsage classique. Une partie du haut de l’épaule semble avoir été retirée. La pièce de manche comporte, quant à elle, une pointe ou une partie allongée qui viendra compléter l’encolure.

Il faut alors porter une attention particulière aux indications « devant » et « dos ». Les deux côtés d’une manche raglan se ressemblent souvent, mais ils ne sont pas nécessairement identiques. Les crans et les repères imprimés sur le patron permettent de savoir quelle couture doit être assemblée avec chaque partie du vêtement.

C’est aussi l’une des constructions qui se prête le mieux au jeu des couleurs. Chaque manche peut être découpée dans un tissu différent, les coutures peuvent être soulignées par un passepoil et les différentes parties peuvent former de véritables empiècements graphiques.

 

Une petite couture devenue un véritable signe de style

La manche raglan est un bon exemple de ces détails que l’on porte depuis des années sans nécessairement les remarquer. Sa définition tient en une phrase : une manche qui remonte jusqu’à l’encolure et crée une couture diagonale depuis l’aisselle. Pourtant, derrière cette ligne très simple se cachent une histoire militaire, des choix de modélisme, des questions de confort et une multitude de possibilités créatives.

Elle peut disparaître dans un pull uni ou devenir le détail principal d’un sweat bicolore. Elle peut accompagner les mouvements d’un vêtement de sport, donner du volume à une blouse ou adoucir les épaules d’un manteau. Elle est souvent accessible aux personnes qui débutent en couture, sans être réservée aux modèles simples.

La prochaine fois que vous enfilerez un sweat, un trench ou un pull, regardez donc l’endroit où les manches rejoignent le corps. Vous découvrirez peut-être que vous portiez du raglan depuis longtemps sans connaître son nom.

Et vous, aviez-vous déjà remarqué cette couture diagonale sur vos vêtements ?

À très vite !

Caroline

 Hello les Makers, j'espère que vous allez bien ! 

 

Il y a des objets que nous fabriquons parce qu’ils nous manquent.

Une étagère pour ranger des livres, un sac pour transporter nos affaires, une housse pour protéger un coussin ou une boîte pour empêcher les petits objets de coloniser toute la maison. Leur utilité justifie le temps passé, les outils sortis, les matériaux achetés et les deux ou trois erreurs commises en chemin.

Puis il y a tout le reste.

La guirlande en papier que personne n’avait réclamée. Le champignon en feutrine qui n’a aucune fonction identifiable. Le petit vase trop étroit pour contenir plus de trois fleurs. La broderie commencée sur un coup de tête, le grigri suspendu à une poignée de porte, le dessous de tasse décoré alors que nous possédions déjà plusieurs dessous de tasse parfaitement convenables.

Nous savons que ces objets ne sont pas nécessaires.

Cela ne nous empêche pas d’avoir très envie de les fabriquer.

Mieux encore, leur absence d’utilité semble parfois faire partie du plaisir. Nous ne cherchons pas toujours à résoudre un problème. Nous cherchons une couleur, une forme, un geste ou simplement une raison de rester une heure de plus à la table de l’atelier.

Dans une époque qui nous demande régulièrement à quoi sert ce que nous faisons, fabriquer quelque chose d’inutile ressemble presque à une petite désobéissance.

Une activité choisie pour elle-même.


  

L’utilité est elle une vertu encombrante

Nous vivons entourés de conseils destinés à rendre chaque minute plus efficace.

Il faudrait optimiser les trajets, rentabiliser le temps libre, transformer les passions en compétences et, si possible, les compétences en revenus complémentaires. Même les loisirs sont parfois invités à produire quelque chose de mesurable : un résultat, une amélioration, un avant-après ou un contenu suffisamment séduisant pour être partagé.

La créativité n’échappe pas à cette logique.

Un projet DIY semble plus facile à justifier lorsqu’il permet de recycler un objet, d’économiser de l’argent, de décorer la maison ou d’offrir un cadeau. Nous aimons pouvoir expliquer que cette activité a une finalité. Elle n’était pas seulement agréable, elle était utile. Elle nous a permis de fabriquer ce dont nous avions besoin au lieu de l’acheter.

C’est une belle raison de créer.

Ce n’est pas la seule.

Il nous arrive de choisir une activité précisément parce qu’elle ne sert à rien d’autre qu’à occuper nos mains et notre attention. Nous savons que le résultat finira peut-être sur une étagère déjà pleine. Nous ne sommes même pas certains de le conserver longtemps. Mais l’idée de découper, modeler, peindre ou assembler nous attire davantage que l’objet lui-même.

Nous ne fabriquons alors pas pour posséder.

Nous fabriquons pour faire.

Cette nuance paraît minuscule, mais elle change tout.

 

Le projet commence souvent par une envie de matière

Il n’est pas toujours nécessaire d’avoir une idée très claire pour commencer.

Parfois, nous avons simplement envie de toucher de l’argile, d’entendre le bruit des ciseaux dans le papier ou de voir une couleur apparaître au bout d’un pinceau. Le projet vient après. Nous cherchons un prétexte pour utiliser un matériau qui nous attire.

Un morceau de tissu imprimé attend depuis plusieurs mois dans un placard. Une pelote possède une teinte magnifique mais aucune quantité réellement compatible avec un grand ouvrage. Quelques perles ont survécu à un kit terminé. Une planche de bois est trop petite pour devenir un meuble, mais trop belle pour être jetée.

Ces restes provoquent une forme particulière d’imagination.

Ils ne répondent pas à un besoin. Ils posent une question.

Qu’est-ce que cela pourrait devenir ?

Il faut alors accepter de ne pas produire un objet indispensable. Les quantités sont insuffisantes, les formats peu pratiques et les couleurs peut-être difficiles à assortir au reste de la maison. C’est justement ce qui rend l’exercice intéressant.

Une chute de tissu peut devenir une fleur rembourrée, une mini-pochette, un visage brodé ou un élément qui n’a pas encore de nom. Quelques centimètres d’argile peuvent donner naissance à une petite forme décorative, trop irrégulière pour être considérée comme un objet fonctionnel, mais suffisamment attachante pour que nous lui trouvions une place.

La matière ne nous demande pas toujours d’être raisonnables.

Elle nous demande parfois de jouer.

 

Nous n’avons jamais vraiment cessé de fabriquer pour le plaisir

L’idée de créer des objets sans nécessité n’est évidemment pas nouvelle.

Les humains ont décoré leurs outils, leurs vêtements et leurs lieux de vie bien avant l’apparition des tutoriels vidéo et des magasins de loisirs créatifs. Dès qu’un objet pouvait recevoir une ligne, une couleur, une broderie ou une gravure, quelqu’un a décidé de lui accorder davantage de temps que sa fonction ne l’exigeait.

Une poterie aurait pu rester parfaitement lisse.

Un vêtement aurait pu se contenter d’assembler des pièces de tissu.

Une cuillère aurait pu n’être qu’une cuillère.

Pourtant, nous avons ajouté des motifs, travaillé les poignées, répété des points minuscules et peint des surfaces que personne ne regarderait longtemps. Ces gestes n’amélioraient pas toujours l’efficacité de l’objet. Ils lui donnaient une présence.

Nous distinguons volontiers l’utile du décoratif, comme si l’un répondait à des besoins sérieux tandis que l’autre ne concernait que le superflu. Dans la vie quotidienne, la frontière est beaucoup moins nette.

Un bol peint ne nourrit pas mieux qu’un bol uni, mais nous pouvons préférer l’utiliser. Une couverture assemblée avec soin ne tient pas nécessairement plus chaud qu’un modèle industriel, mais elle transforme la manière dont nous nous installons dessous. Une broderie n’empêche pas davantage le froid de passer, pourtant elle peut donner envie de conserver un vêtement pendant des années.

La beauté ne remplit pas une fonction au sens strict.

Elle modifie notre relation aux choses.

 

L’objet inutile possède parfois une utilité secrète

Dire qu’un objet ne sert à rien est souvent une manière un peu rapide de parler.

Le petit objet décoratif n’a peut-être aucune fonction pratique, mais sa fabrication peut nous avoir aidés à traverser une journée difficile, à retrouver de la concentration ou à rester présents quelques heures sans consulter sans cesse notre téléphone.

Le résultat paraît inutile mais le processus ne l’était pas.

Nous connaissons tous cette sensation étrange qui apparaît lorsque les gestes commencent enfin à se répéter. Le monde extérieur ne disparaît pas, mais il devient moins bruyant. Il n’est plus nécessaire de penser à tout en même temps. Il faut simplement suivre une ligne, passer le fil au bon endroit, lisser une surface ou recommencer une forme qui n’était pas tout à fait réussie.

L’objet en train de naître donne une direction à l’attention.

Il ne demande pas de résoudre la semaine entière. Seulement l’étape suivante.

Cette utilité-là est difficile à mesurer. Elle ne se range pas facilement dans un tableau et ne produit pas toujours un résultat montrable. Elle existe pourtant dans la régularité du geste, dans la patience retrouvée et dans cette satisfaction particulière de voir quelque chose apparaître alors qu’il n’existait pas une heure plus tôt.

Nous pensions fabriquer une petite coupelle, il est possible que cette petite coupelle ait surtout fabriqué un moment de calme.

 

 

 

Les enfants comprennent très bien l’inutile

Donnez à un enfant du papier, du ruban adhésif et quelques feutres.

Il est peu probable qu’il commence par établir une liste précise des besoins auxquels son projet devra répondre. Il construira un objet, puis découvrira au fur et à mesure ce qu’il représente. Une boîte deviendra une maison, un morceau de carton un ordinateur, une accumulation de bandes colorées une décoration dont l’usage ne nécessite aucune explication.

La question « À quoi ça sert ? » arrive souvent du côté des adultes.

L’enfant, lui, sait déjà que l’objet sert à avoir été fabriqué.

Cette liberté disparaît progressivement. Nous apprenons à produire des choses reconnaissables, bien terminées et justifiables. Nous cherchons un modèle, une fonction et un résultat suffisamment réussi pour mériter le temps consacré.

Retrouver le plaisir de l’inutile consiste peut-être à revenir vers cette manière de créer sans connaître exactement la destination.

Faire une forme parce qu’elle nous plaît.

Coller un élément parce qu’il manque quelque chose, même si nous serions incapables d’expliquer quoi.

Choisir une couleur non parce qu’elle respecte l’harmonie prévue, mais parce qu’elle est celle dont nous avons envie à cet instant.

Ce n’est pas abandonner toute exigence, c’est déplacer l’endroit où nous la plaçons.

L’objet n’a pas besoin d’être utile. Le geste, lui, doit rester vivant.

 

Le DIY ne nous fait pas toujours économiser de l’argent

Il existe un autre malentendu persistant autour de la fabrication personnelle.

Faire soi-même serait nécessairement plus économique.

Cela peut être vrai. Cela peut aussi être complètement faux.

Il suffit d’avoir acheté une belle laine, plusieurs outils, une colle spécialisée et le matériel indispensable à une technique nouvelle pour comprendre qu’un petit objet fabriqué à la maison peut coûter beaucoup plus cher que son équivalent produit industriellement.

Sans compter le temps.

Si nous appliquions à toutes nos créations un taux horaire raisonnable, certaines décorations de Noël artisanales atteindraient rapidement le prix d’un luminaire de designer. Le moindre projet deviendrait difficile à défendre devant un comité de contrôle budgétaire.

Heureusement, personne ne nous oblige à organiser ce comité.

Nous ne fabriquons pas toujours pour obtenir un objet au meilleur prix. Nous achetons aussi une expérience, une découverte et la possibilité de choisir chaque détail. Nous acceptons que le résultat soit imparfait parce que cette imperfection contient précisément ce que l’objet acheté ne pouvait pas offrir : notre temps.

Évidemment, il est possible de tomber dans l’excès inverse.

Les loisirs créatifs peuvent eux aussi devenir une forme de consommation. Nous accumulons les fournitures, les machines et les kits en imaginant que chaque nouvel achat nous rendra plus créatifs. Les placards se remplissent de matériaux prévus pour des projets qui n’arriveront jamais.

Le plaisir de fabriquer des objets inutiles n’oblige pas à acheter des quantités infinies de choses inutilisées.

Il peut même devenir une excellente manière de regarder autrement ce que nous possédons déjà.

 

 

 

Les petits objets échappent à la pression du chef-d’œuvre

Il est plus facile d’expérimenter sur un objet dont l’importance reste limitée.

Une grande pièce réclame une intention. Elle mobilise du temps, de la matière et souvent une place considérable dans la maison. Nous voulons qu’elle soit réussie, puisqu’il faudra ensuite vivre avec elle.

Le petit objet inutile autorise davantage de légèreté.

Une broche, un bijou de sac, une petite figurine ou un cadre minuscule peuvent devenir des laboratoires. Nous testons une association de couleurs, un point de broderie, une texture ou une nouvelle manière d’assembler les formes.

Si l’expérience échoue, elle n’a pas englouti plusieurs semaines de travail.

Si elle fonctionne, elle ouvre parfois la voie à un projet plus ambitieux.

Beaucoup de créations importantes commencent ainsi, dans un format modeste qui ne ressemblait pas encore à une décision. Le geste se répète, la forme se précise et une idée qui paraissait anecdotique finit par devenir une collection, une série ou même un langage graphique.

L’inutile possède cet avantage : il ne promet rien.

Il laisse la création évoluer sans lui demander immédiatement ce qu’elle fera plus tard.

 

La décoration est pleine de choses dont nous n’avons pas besoin

Nous pourrions vivre sans vases, sans coussins décoratifs, sans bougies joliment colorées et sans objets disposés sur les étagères.

La plupart de nos maisons fonctionneraient très bien avec des murs nus, quelques meubles solides et un éclairage correct. Elles seraient peut-être même plus faciles à nettoyer.

Nous continuons pourtant à y introduire des objets qui ne remplissent aucune fonction essentielle.

Une maison entièrement utile finit souvent par ressembler à un lieu provisoire. Il lui manque ces détails qui n’ont pas été choisis parce qu’ils étaient nécessaires, mais parce qu’ils plaisaient à quelqu’un.

Une coquille ramassée sur une plage.

Un dessin encadré.

Une petite sculpture trouvée dans un vide-grenier.

Un objet fabriqué un dimanche après-midi sans savoir encore où le poser.

Ces éléments ne transforment pas seulement l’apparence d’un intérieur. Ils rendent visible la personne qui l’habite. Ils montrent ses couleurs, ses obsessions, ses souvenirs et sa manière particulière de trouver certaines choses attachantes.

Le décoratif n’est pas indispensable à la survie.

Il l’est parfois au sentiment d’être chez soi.

 

Fabriquer quelque chose que personne ne vend

Il existe des objets que nous ne pouvons obtenir qu’en les fabriquant.

Non parce qu’ils exigent un savoir-faire exceptionnel, mais parce qu’aucune entreprise raisonnable n’aurait envisagé de les produire.

Une décoration inspirée d’une plaisanterie familiale.

Une miniature représentant notre animal dans une position très précise.

Un coussin en forme de nourriture, un porte-clés absurde ou une broderie reprenant une phrase que seules trois personnes peuvent comprendre.

Le commerce cherche naturellement ce qui peut intéresser suffisamment de clients.

La création personnelle peut s’adresser à une seule personne.

Elle n’a pas besoin de marché.

Cette possibilité est profondément réjouissante. Elle nous permet de sortir des goûts moyens, des couleurs prévues pour plaire au plus grand nombre et des formes validées par une étude de tendance.

Nous pouvons fabriquer quelque chose de trop particulier : trop coloré, trop étrange, trop lié à notre histoire pour être intéressant aux yeux de qui que ce soit d’autre.

L’objet n’en devient pas moins réussi.

Il atteint exactement la personne pour laquelle il devait exister.


 


 

Le cadeau inutile est parfois celui que l’on garde

Les cadeaux pratiques sont rassurants.

Ils répondent à un besoin, évitent l’encombrement et prouvent que nous avons réfléchi aux habitudes de la personne. Mais les cadeaux que nous conservons le plus longtemps ne sont pas toujours ceux qui nous ont rendu le plus grand service.

Ce sont parfois les plus petits.

Un objet fabriqué à la main, un dessin, une décoration ou une chose dont nous ne connaissons pas tout à fait l’usage mais dont nous savons exactement pourquoi elle nous a été offerte.

Le temps passé reste visible.

Même lorsque le résultat est imparfait, il contient une attention que l’objet acheté ne possède pas nécessairement. La personne aurait pu choisir quelque chose de plus simple, de plus rapide ou de plus utile. Elle a préféré fabriquer.

Le cadeau inutile n’essaie pas toujours d’améliorer notre quotidien.

Il cherche à prendre une place dans notre mémoire.

C’est pour cela qu’il peut être difficile à jeter. Nous ne nous séparons pas seulement d’un objet. Nous nous séparons du geste qui l’a fait naître.

 

Créer sans publier

Il existe aujourd’hui une tentation supplémentaire : celle de montrer immédiatement ce que nous faisons.

Les étapes deviennent des contenus, les erreurs des anecdotes et le résultat une image destinée à circuler. La création gagne une audience, parfois une communauté, et ce partage peut être extrêmement stimulant.

Mais il modifie aussi légèrement le geste.

Nous nous demandons si l’objet sera lisible en photo, si les couleurs fonctionneront à l’écran et si l’idée paraît suffisamment originale. Le regard extérieur entre dans l’atelier avant même que le projet soit terminé.

Fabriquer une chose inutile peut alors devenir une manière de retrouver une création privée.

Un objet que l’on ne photographiera pas.

Un essai qui ne deviendra pas un tutoriel.

Une activité qui n’aura ni avant-après, ni légende, ni explication.

Ce projet ne sera peut-être jamais vu par plus de deux personnes. Il pourra rester dans un tiroir ou disparaître au prochain rangement. Il aura tout de même existé, et le plaisir éprouvé pendant sa fabrication ne dépendra pas du nombre de personnes capables de le confirmer.

Cette discrétion est devenue presque luxueuse.

Faire quelque chose qui ne cherchera pas à devenir autre chose que ce qu’il est.

 

Terminer n’est pas toujours le plus important

Certaines créations inutiles restent inachevées.

Elles occupent un panier, une boîte ou le coin d’une table pendant des semaines. Nous savons qu’il suffirait de quelques heures pour les terminer, mais nous ne retrouvons jamais tout à fait l’élan du départ.

Nous pourrions y voir un échec.

Nous pouvons aussi admettre que le projet a peut-être déjà rempli sa fonction.

Il nous a appris un geste, occupé un dimanche ou permis d’explorer une idée. Le résultat final comptait moins que nous ne l’avions imaginé. Continuer uniquement pour pouvoir dire que l’objet est terminé n’aurait peut-être plus beaucoup de sens.

Tout ne mérite pas nécessairement d’être mené jusqu’au bout.

Cette idée reste difficile à accepter dans une culture qui valorise l’achèvement, la discipline et les listes dont on coche les cases. Nous voulons être la personne qui termine ses projets.

Mais la création n’est pas toujours une suite d’engagements à honorer.

Elle peut être une exploration.

Nous avons le droit d’aller voir ce qui se trouve au début d’un chemin, puis de décider que nous avons vu suffisamment de choses.

 

Le luxe de perdre un peu de temps

Fabriquer un objet dont nous n’avons pas besoin demande une ressource plus précieuse que le matériau.

Du temps qui aurait pu être consacré à autre chose.

C’est précisément ce qui rend l’activité si importante.

Nous entendons souvent l’expression « perdre son temps », comme si chaque heure devait produire une preuve de son bon usage. Pourtant, certaines des périodes qui semblent les moins efficaces sont celles qui nous permettent de retrouver de l’énergie, de laisser une idée apparaître ou simplement de respirer autrement.

Découper vingt formes en papier pour fabriquer une guirlande qui ne changera pas notre vie peut paraître dérisoire.

C’est justement ce qui fait du bien.

Pendant ce temps, nous ne cherchons pas à améliorer notre performance, à prévoir l’étape suivante ou à convertir cette activité en avantage futur. Nous sommes occupés par une tâche suffisamment simple pour nous ancrer, et suffisamment libre pour ne pas devenir une obligation.

Nous avons besoin de temps qui ne prépare rien.

De temps qui ne sera pas rentabilisé plus tard.

De temps dont le seul résultat sera une petite chose imparfaite posée sur une étagère.

 

Les objets inutiles ne sont pas toujours des déchets

Il faut cependant distinguer l’inutile du jetable.

Le plaisir de créer ne peut pas devenir une justification automatique pour produire sans fin des objets dont nous ne savons que faire. Le problème apparaît lorsque le projet n’est plus motivé par une envie réelle de fabriquer, mais par le besoin de suivre chaque tendance, d’utiliser chaque nouveau matériel ou de remplir constamment l’espace.

Une activité créative peut être libre sans être aveugle.

Nous pouvons choisir des matériaux déjà disponibles, démonter d’anciennes créations, donner ce que nous ne souhaitons pas garder ou imaginer des objets capables d’évoluer. Une décoration peut être saisonnière sans finir nécessairement à la poubelle. Une chute peut devenir la matière du prochain essai.

L’objet inutile peut être durable précisément parce qu’il n’est pas impersonnel.

Nous hésitons davantage à jeter ce que nous avons fabriqué, réparé ou transformé. Nous connaissons sa matière et savons comment intervenir lorsque quelque chose se détache.

Le temps passé crée une forme d’attachement.

Il ne garantit pas que nous conserverons tout, mais il rend la relation moins distraite.

 

Ce que nous fabriquons lorsque nous ne fabriquons rien d’utile

Au fond, le petit objet ne représente peut-être qu’une partie de ce qui se construit.

Nous fabriquons aussi de la patience.

Une habitude d’observer.

La capacité à recommencer sans considérer chaque erreur comme une catastrophe.

Nous découvrons qu’une matière possède ses propres règles, que les couleurs se comportent différemment côte à côte et que la main comprend parfois avant que nous sachions expliquer.

Nous fabriquons un regard plus attentif aux objets des autres.

Après avoir tenté de coudre droit, nous ne regardons plus exactement une couture de la même manière. Après avoir modelé une tasse, nous savons ce que signifie obtenir une paroi régulière. Après avoir passé plusieurs soirées sur quelques centimètres de broderie, nous ne pouvons plus considérer le détail comme allant de soi.

L’objet inutile produit une connaissance très concrète.

Elle ne prendra peut-être jamais la forme d’une compétence professionnelle, mais elle modifie notre perception du monde fabriqué.

Ce n’est pas rien.

 

Nous avions peut-être besoin de le faire

Il serait tentant de conclure que ces objets sont finalement utiles, puisque leur fabrication nous apaise, nous apprend quelque chose ou embellit nos maisons.

Mais ce serait encore essayer de les défendre avec les critères mêmes auxquels ils échappent.

Nous pouvons peut-être leur laisser le droit de ne pas servir.

Une fleur en papier n’a pas besoin de devenir un exercice de motricité fine, une décoration responsable ou une étape vers une pratique artistique plus ambitieuse. Elle peut simplement être une fleur en papier fabriquée parce que sa couleur nous plaisait.

Le plaisir n’a pas toujours besoin d’un argument supplémentaire.

La prochaine fois qu’un projet vous attire alors que vous possédez déjà un objet équivalent, que vous ne savez pas où poser le résultat ou que personne autour de vous ne comprend vraiment pourquoi vous souhaitez le fabriquer, il n’est peut-être pas nécessaire de chercher une justification.

Vous pouvez sortir les outils.

Choisir la matière.

Commencer.

Il est possible que l’objet ne change rien à votre quotidien.

Mais pendant quelques heures, vous aurez fait apparaître une chose qui n’existait pas encore, simplement parce que vous en aviez envie.

Et il arrive que ce soit exactement ce dont nous avions besoin.

À très vite !

Caroline

 Hello les Makers, j’espère que vous allez bien !

Quand on repense aux loisirs créatifs des années 2000, il y a quelque chose qu’on oublie parfois : le DIY était beaucoup plus local, beaucoup plus fermé… et honnêtement beaucoup plus difficile d’accès.

Les inspirations venaient principalement des magazines papier, des émissions télé, des salons créatifs ou de quelques blogs spécialisés qu’on découvrait un peu par hasard. Chaque pays avait aussi ses propres codes visuels, ses tendances, ses techniques et ses références. Le scrapbooking américain restait très américain. Le craft japonais semblait presque inaccessible. Les tendances coréennes arrivaient rarement jusqu’à nous. Et certaines pratiques ultra créatives mettaient parfois des années avant de traverser les frontières.

Puis les années 2010 sont arrivées.
Et les réseaux sociaux ont littéralement explosé les murs de l’univers créatif.

Aujourd’hui, cela paraît presque normal d’avoir dans le même feed Instagram une céramiste danoise, une illustratrice coréenne, un studio de tufting berlinois, une créatrice textile japonaise et une artiste américaine. Mais à l’époque, c’était une révolution culturelle immense.

Car les réseaux sociaux n’ont pas seulement changé la manière dont on partage le DIY.
Ils ont complètement transformé notre manière de créer.

Pinterest a également joué un rôle énorme dans cette transformation. Pour la première fois, on pouvait accéder instantanément à des milliers d’images venues du monde entier. Les inspirations ne dépendaient plus des magazines créatifs disponibles en magasin. On découvrait des palettes de couleurs américaines, des intérieurs scandinaves, des DIY japonais ultra minimalistes, des univers coréens pastel ou encore des ateliers d’artistes new-yorkais.

Et honnêtement, cela a complètement changé l’esthétique des loisirs créatifs : les années 2010 ont vu apparaître une immense hybridation visuelle. 




Et puis il y a eu YouTube.

Avant cela, apprendre une technique demandait souvent un livre spécialisé, un atelier physique ou énormément d’essais-erreurs. Soudainement, n’importe qui pouvait apprendre la broderie, la couture, le crochet, la résine, le macramé ou même la fabrication de meubles directement depuis chez soi grâce à des créateurs du monde entier.

C’est probablement l’un des plus grands bouleversements des années 2010 : l’accès au savoir créatif est devenu mondial.

Des techniques qui semblaient réservées à certains pays ou à certains milieux sont devenues accessibles à tous. Le crochet est redevenu tendance grâce aux créatrices américaines et australiennes. Le journaling s’est démocratisé avec les créateurs asiatiques. Le tufting est arrivé massivement via TikTok et Instagram. Même la manière de filmer les gestes créatifs a créé de nouveaux standards visuels.

Car les réseaux sociaux ont aussi transformé le DIY en contenu.




Créer ne servait plus seulement à fabriquer un objet : cela devenait aussi une manière de raconter un univers, construire une identité visuelle, documenter son quotidien ou partager une ambiance. Les ateliers sont devenus plus photogéniques. Les créations plus mises en scène. Les bureaux créatifs se sont transformés en décors.

On a vu apparaître toute une génération de créateurs hybrides : à la fois makers, photographes, vidéastes, stylistes, monteurs et directeurs artistiques de leur propre univers.

Et finalement, le DIY s’est rapproché du lifestyle.

Les vidéos “studio vlog”, les craft rooms Pinterest, les bureaux parfaitement organisés, les collections de papeterie, les palettes de couleurs coordonnées ou les fournitures devenues presque des objets de collection racontent bien cette évolution.

Mais ce qui est intéressant, c’est que cette mondialisation créative a aussi profondément changé notre rapport à l’inspiration.

Avant les réseaux sociaux, les tendances restaient relativement lentes. Aujourd’hui, une technique peut devenir virale en quelques semaines. Les styles circulent, se mélangent, se réinventent en permanence.

Parfois même un peu trop vite.

  


 

Car cette accélération a aussi changé notre rapport au temps créatif. Les tendances naissent et disparaissent extrêmement rapidement. Certaines pratiques deviennent virales pendant quelques mois avant d’être remplacées par une nouvelle esthétique.

Et pourtant, malgré cette vitesse permanente, quelque chose de très beau s’est produit dans les années 2010 : les réseaux sociaux ont permis à énormément de personnes de découvrir qu’elles étaient créatives.

Des milliers de personnes ont recommencé à dessiner, coudre, bricoler, peindre ou fabriquer simplement parce qu’elles avaient enfin accès à des inspirations, des tutoriels et des communautés qu’elles n’auraient probablement jamais rencontrés autrement.

Et honnêtement, quand on regarde aujourd’hui l’immense richesse des univers DIY contemporains, on réalise à quel point internet n’a pas seulement diffusé les loisirs créatifs.

Il les a transformés en véritable culture mondiale.

As tu vécu cette transformation ? 

A très vite ! 
Caroline 


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