Hello les Makers, j'espère que vous allez bien !
Le 9 juin 2026, il y avait foule rue du Jour, à Paris. Les clientes remplissaient leurs sacs de boutons, de pelotes et d’aiguilles tandis que les étagères se vidaient. Une remise de 50 % avait été appliquée sur l’ensemble du magasin, mais les personnes présentes n’étaient pas seulement venues profiter des derniers prix. Certaines achetaient un souvenir. Le soir même, après plus de cinquante ans d’activité, La Droguerie fermait définitivement ses boutiques en France et au Japon.
Vingt jours plus tard, une autre annonce circulait parmi les passionnées de tricot. La Lainière de Wazemmes fermait à son tour sa boutique lilloise et son site Internet. Née en 1985 dans une petite rue de Lille, cette entreprise familiale était devenue une adresse nationale grâce à ses milliers de références et au développement de la vente en ligne. Le 29 juin 2026, le tribunal de commerce de Lille-Métropole prononçait sa liquidation judiciaire simplifiée, estimant que la poursuite de l’activité n’était plus envisageable.
À quelques semaines d’intervalle, deux noms que l’on pensait presque indissociables du paysage créatif français ont donc disparu. Pas deux jeunes boutiques ayant ouvert au mauvais moment, ni deux projets trop fragiles pour avoir trouvé leur public. La Droguerie venait de célébrer ses cinquante ans. La Lainière de Wazemmes affichait plus de quarante années d’histoire et des milliers de clientes fidèles.
Ces fermetures sont d’autant plus troublantes qu’elles surviennent à une époque où le crochet envahit les réseaux sociaux, où les ateliers de céramique affichent complet, où les vêtements cousus main gagnent en visibilité et où une nouvelle génération redécouvre le tricot, la broderie et la personnalisation.
Alors, que se passe-t-il réellement ? Comment des pratiques créatives aussi vivantes peuvent-elles perdre, dans le même temps, les lieux qui les ont accompagnées pendant plusieurs décennies ?
Des mastodontes moins par leur taille que par la place qu’ils occupaient
La Lainière de Wazemmes n’était pas un grand groupe disposant de centaines de magasins. En 2026, son équipe comptait six personnes autour d’une seule boutique lilloise et de son activité en ligne. La considérer comme un « mastodonte » pourrait donc sembler exagéré si l’on regardait uniquement sa taille financière. Mais son influence dépassait largement ses mètres carrés.
Dans les étroites allées de la rue Jules-Guesde, plusieurs milliers de références s’entassaient par couleurs, matières et épaisseurs. La boutique avait été fondée par Jocelyne Leysen, puis reprise par son fils Charly. En 2018, elle avait lancé son premier site marchand afin de répondre aux demandes de clientes situées partout en France et jusque dans les pays voisins. Son nom était devenu une référence bien au-delà de Lille.
Les avis laissés jusqu’aux dernières semaines témoignaient encore d’une clientèle particulièrement satisfaite : qualité des fils, prix jugés intéressants, rapidité des expéditions et conseils prodigués en boutique revenaient régulièrement. La plateforme Société des Avis Garantis recensait plus de 3 600 évaluations et une note moyenne de 9,8 sur 10. Une excellente réputation ne suffit pourtant pas toujours à produire un modèle économique durable.
La Droguerie appartenait à une autre échelle, avec un réseau développé dans les grandes villes françaises et plusieurs implantations japonaises. Son importance ne venait cependant pas seulement du nombre de ses adresses. L’enseigne avait inventé un univers immédiatement reconnaissable : des murs couverts de perles, de rubans et de boutons, des gammes de fils aux couleurs exclusives, des patrons maison et cette vente au poids qui permettait de repartir avec la quantité exacte nécessaire à un projet.
Née en 1975 dans une ancienne boucherie parisienne, La Droguerie avait ensuite ouvert à Toulouse, Bordeaux, Lille, Nantes, Kyoto, Tokyo, Lyon, Nice, Strasbourg, Marseille et Rennes. Elle avait créé sa propre maison d’édition, développé des tissus et des patrons de couture, travaillé avec une teinturerie dans l’Ouest de la France, lancé des collaborations avec des créatrices de contenu et proposé des ateliers ainsi que des services de réparation de bijoux. On ne peut donc pas simplement raconter sa fermeture comme celle d’une entreprise restée figée dans les années 1980 et qui n’aurait pas vu arriver Internet.
Ces deux maisons étaient des mastodontes de nos imaginaires créatifs. Elles faisaient partie des lieux que l’on citait spontanément, même lorsque l’on habitait loin. Leur disparition retire au DIY français bien davantage que deux points de vente.
Le paradoxe d’un secteur populaire mais économiquement fragile
Le premier réflexe serait de penser que nous avons cessé de tricoter, de coudre ou de fabriquer nos propres bijoux.
Les signaux disponibles racontent pourtant une histoire plus complexe. Bpifrance Création décrit un marché français des loisirs créatifs en croissance depuis le début des années 2000, estimé à 2,4 milliards d’euros en 2019 — la dernière estimation globale disponible citée par l’organisme. Les activités manuelles continuent d’attirer des publics très différents, tandis que de nouvelles entreprises apparaissent dans la fabrication, les ateliers et la création de contenus.
Le DIY ne disparaît donc pas. Il se déplace.
Nous pouvons commencer un projet après une vidéo de trente secondes, commander le matériel depuis notre téléphone, télécharger le patron auprès d’une créatrice indépendante et suivre le montage sur YouTube. Nous achetons parfois nos fournitures dans une mercerie spécialisée, mais aussi dans une grande enseigne culturelle, un magasin discount, une marketplace, une boutique éphémère, directement auprès d’une marque ou lors d’un salon.
Une pratique peut devenir plus visible tout en produisant moins de chiffre d’affaires pour les commerces qui l’ont historiquement soutenue.
Cette contradiction est importante. Les milliers de granny squares visibles sur les réseaux sociaux ne se transforment pas automatiquement en milliers de clientes fidèles pour une même boutique. Une personne peut crocheter énormément en utilisant un stock ancien, de la laine récupérée, des pelotes achetées en promotion ou une seule commande passée auprès d’un vendeur situé à l’étranger.
La popularité culturelle d’un loisir et la solidité de son réseau commercial ne progressent pas nécessairement au même rythme.
La grande force des merceries est aussi leur faiblesse économique
Une mercerie vend rarement uniquement de grands projets.
On y entre parce qu’il manque un bouton. Parce qu’il faut vingt centimètres d’élastique, une fermeture à glissière, une bobine de fil assortie ou quelques grammes de laine pour terminer une manche. Le service rendu est immense : sans cette petite pièce à deux euros, le projet entier peut rester bloqué sur une chaise pendant plusieurs semaines.
Mais le ticket de caisse, lui, demeure minuscule.
Lorsque la mercerie Fassi a fermé à Toulouse en février 2026 après soixante ans d’activité, son dirigeant expliquait précisément cette difficulté. Les clientes venaient acheter une bobine ou un petit accessoire à deux ou trois euros, des ventes qui ne permettaient plus d’absorber les charges, les frais bancaires et une forte augmentation potentielle du loyer. Il évoquait également la baisse d’activité après la pandémie et un virage numérique insuffisamment pris.
Les situations de La Droguerie et de La Lainière ne peuvent pas être réduites automatiquement aux mêmes causes. Pour La Droguerie, les informations rendues publiques évoquent un contexte économique devenu trop difficile, sans détailler l’ensemble des facteurs ayant conduit à la cessation. Pour La Lainière, le jugement constate une cessation des paiements et une situation irrémédiablement compromise. Il serait donc imprudent de fabriquer une explication unique.
Mais le fonctionnement même d’une mercerie spécialisée crée une tension permanente.
Pour être utile, elle doit proposer de nombreuses couleurs, plusieurs épaisseurs, des bains de teinture cohérents, des aiguilles de toutes tailles et des accessoires très spécifiques. La Lainière revendiquait plusieurs milliers de références. La Droguerie avait construit sa réputation sur le foisonnement de ses perles, boutons, rubans, fils, tissus et apprêts.
Ce choix abondant est exactement ce que viennent chercher les clientes. Il immobilise aussi beaucoup de stock. Certaines références tournent rapidement ; d’autres attendent plusieurs saisons dans un tiroir avant que quelqu’un ait besoin de cette nuance précise de vert ou de ce bouton de dix-huit millimètres.
Une boutique généraliste peut retirer un produit qui se vend peu. Une véritable mercerie perd une partie de sa fonction si elle ne conserve que les références les plus rentables.
Vendre la quantité exacte : un service formidable qui rapporte peu
La Droguerie résumait elle-même son concept avec une phrase particulièrement révélatrice : elle disait vendre des idées plutôt que des produits.
Les clientes pouvaient acheter le matériel nécessaire à un modèle, jusqu’aux quelques grammes de fil correspondant à une petite touche de couleur. La laine était vendue au poids, les perles et les composants de bijoux au détail, et les explications permettaient de composer soi-même l’objet.
Pour la créatrice, c’était idéal. Pas besoin d’acheter une pelote entière pour tricoter trois lignes de jacquard ni un sachet de cinquante apprêts pour fabriquer une paire de boucles d’oreilles.
Pour l’entreprise, cette précision impliquait de peser, compter, conseiller, emballer et encaisser des quantités parfois très petites.
Le temps passé avec une cliente ne diminue pas proportionnellement à son achat. Il faut comprendre son projet, retrouver la bonne référence, vérifier une couleur et parfois expliquer comment utiliser le produit. Le conseil offert peut représenter dix minutes de travail pour une vente de quelques euros.
Pour avoir moi-même tenu un concept store créatif, vendu des fournitures et accompagné des clientes dans leurs projets, je sais à quel point ce décalage peut être difficile. La personne repart avec exactement ce dont elle avait besoin et une solution qu’elle n’aurait peut-être pas trouvée seule. C’est une réussite du point de vue du service. Elle ne garantit pourtant pas que la vente couvre tout ce qui l’a rendue possible : le loyer, le stock, le salaire, l’énergie, la comptabilité et le temps de préparation.
Les merceries ont longtemps fait du conseil une évidence. Nous entrions avec un problème et repartions avec une réponse, sans que cette expertise apparaisse sur le ticket.
Aujourd’hui, ce savoir reste indispensable, mais son financement est devenu l’une des grandes questions du secteur.
Internet n’a pas suffi à sauver les enseignes qui l’avaient adopté
Il serait également trop simple d’opposer les vieilles boutiques physiques aux entreprises numériques supposées avoir compris leur époque.
La Lainière de Wazemmes avait ouvert sa boutique en ligne en 2018, puis lancé une nouvelle version de son site au printemps 2022. Son équipe préparait des commandes pour toute la France et l’étranger, et les avis publiés jusqu’en juin 2026 saluaient encore la rapidité des expéditions.
La Droguerie avait elle aussi développé la vente en ligne, les réseaux sociaux, les collaborations et les ateliers. En 2021, l’enseigne indiquait même avoir été classée par Capital parmi les meilleures de sa catégorie pour la qualité de son service client.
Être présente sur Internet ne suffit donc pas.
Un site marchand élargit considérablement la clientèle, mais il impose sa propre organisation : photographier et décrire les références, synchroniser les stocks, préparer les colis, répondre aux demandes, gérer les erreurs, absorber le coût des emballages et proposer des frais de livraison qui ne découragent pas les petites commandes.
Il rend également les prix immédiatement comparables. En boutique, une personne peut choisir un fil après l’avoir touché, avoir demandé conseil et découvert sa couleur à la lumière naturelle. En ligne, une pelote apparaît souvent au milieu de dizaines d’onglets ouverts, classés par prix.
Le commerce numérique n’efface pas les difficultés du commerce physique. Il leur ajoute une seconde activité, avec ses exigences et ses coûts.
Les réseaux sociaux créent des passions rapides et des ventes difficiles à prévoir
Les tendances créatives circulent aujourd’hui à une vitesse qui aurait été difficile à imaginer lorsque La Droguerie a ouvert en 1975.
Une technique longtemps discrète peut devenir très visible en quelques semaines. Le crochet s’installe sur les podiums, le junk journaling remplit les carnets, les charms envahissent les sacs et le point de croix revient sous la forme de petits marque-pages colorés. Les boutiques doivent être capables de répondre à ces envies sans savoir combien de temps elles dureront.
Cette accélération peut produire des ventes importantes, mais elle rend le stock plus risqué.
Commander trop peu signifie manquer la tendance au moment où les clientes la recherchent. Commander trop signifie conserver pendant plusieurs années des fournitures liées à une esthétique déjà remplacée par la suivante.
Les réseaux sociaux donnent aussi une grande visibilité aux petites marques spécialisées. Une cliente qui autrefois aurait acheté toutes ses fournitures dans une grande mercerie peut désormais commander son patron auprès d’une créatrice, ses étiquettes chez une autre, son tissu chez une troisième et ses boutons auprès d’un artisan.
Cette diversité est formidable pour la création indépendante. Elle fragmente cependant les achats entre un nombre croissant d’acteurs.
Les grandes maisons du DIY doivent ainsi maintenir un assortiment très large tout en faisant face à des clientes de plus en plus capables de chercher chaque produit auprès du spécialiste qui le propose exactement dans le style attendu.
Ces fermetures ne sont pas deux accidents isolés
La Droguerie et La Lainière de Wazemmes ont provoqué une émotion particulière en raison de leur histoire, mais elles s’inscrivent dans une période difficile pour plusieurs entreprises du secteur.
Self Tissus, enseigne née en Bretagne en 1985 et développée autour des tissus, de la mercerie et des cours de couture, a été placée en liquidation judiciaire en octobre 2025 après une longue période de redressement. Les magasins concernés ont engagé des opérations de déstockage avant leur fermeture.
Quelques mois plus tard, la mercerie Fassi baissait son rideau à Toulouse. D’autres boutiques indépendantes ferment plus discrètement, lors du départ à la retraite de leur propriétaire, faute de repreneur ou parce que l’équilibre financier ne permet plus de transmettre l’activité.
Même Bergère de France a frôlé la disparition. En octobre 2024, le tribunal de commerce a validé la reprise de cette filature historique sous la forme d’une Scop portée par ses salariés. Le projet a permis de maintenir environ soixante-dix emplois et de poursuivre la production à Bar-le-Duc, au prix d’une profonde réorganisation.
Ces histoires n’ont pas toutes la même issue. Elles révèlent néanmoins la fragilité d’un écosystème constitué d’entreprises familiales, de commerces spécialisés, de stocks importants et de savoir-faire difficiles à remplacer.
Ce que nous perdons ne tient pas dans un colis
Lorsque nous apprenons la fermeture d’une mercerie, nous pensons naturellement aux produits que nous ne pourrons plus acheter.
Mais une boutique créative ne se résume pas à son inventaire.
Elle permet de comparer deux rouges qui semblaient identiques sur un écran. De vérifier si un fil gratte réellement. D’apporter un morceau de tissu afin de trouver le bouton qui fonctionne enfin. De montrer une maille ratée et d’entendre quelqu’un répondre : « Ce n’est pas grave, on va reprendre ici. »
Ces échanges paraissent minuscules. Ils font pourtant partie de la transmission des pratiques créatives.
Une vidéo peut expliquer un geste à des milliers de personnes. Elle ne voit pas la manière dont nous tenons notre crochet. Un moteur de recherche peut proposer des centaines de fermetures à glissière. Il ne sait pas toujours laquelle conviendra au tissu posé devant nous.
Les grandes merceries constituaient aussi des lieux d’autorisation. On pouvait y entrer sans projet précis, toucher une matière, repérer une association de couleurs et commencer à imaginer. La Droguerie avait construit toute son identité autour de cette profusion. La Lainière faisait tenir des milliers de pelotes dans des allées étroites où une cliente pouvait découvrir une matière qu’elle n’était pas venue chercher.
Internet répond très efficacement à une demande formulée. La boutique est souvent plus forte pour faire naître une envie qui n’existait pas encore.
Avons-nous aimé ces boutiques sans suffisamment y acheter ?
La question est inconfortable, mais elle mérite d’être posée.
Lors de la fermeture d’une enseigne historique, les messages se multiplient. Chacun raconte une première visite, une pelote particulière, une vendeuse attentive ou un projet réalisé plusieurs années auparavant. Cette affection est sincère.
Elle ne signifie pas forcément que la boutique faisait encore partie de nos habitudes d’achat.
Nous pouvons être très attachés à l’existence d’un commerce dans une ville tout en ne le fréquentant qu’une ou deux fois par an. Nous apprécions de savoir qu’il est là, avec ses tiroirs, ses conseils et son enseigne familière. Puis nous commandons ailleurs parce que c’est moins cher, plus rapide ou disponible le dimanche soir.
Le dernier jour de La Droguerie, les clientes étaient nombreuses et les sacs pleins. Un vendeur comparait même l’affluence à celle des années 1990. Cette scène est touchante, mais elle contient aussi une contradiction : la foule revient au moment où le modèle n’a déjà plus les moyens de continuer.
Acheter un souvenir lors d’une liquidation ne peut pas remplacer les achats réguliers qui auraient été nécessaires auparavant.
Il ne s’agit pas de culpabiliser les clientes. Les budgets sont contraints, les habitudes ont changé et chacun est libre de comparer les prix. Mais nous devons peut-être reconnaître que conserver des commerces spécialisés dans nos villes suppose de considérer leur présence comme un service ayant une valeur.
Le futur de la mercerie ne ressemblera probablement pas à son passé
Les fermetures actuelles ne signifient pas qu’aucune mercerie ne peut encore fonctionner. Elles indiquent plutôt que le modèle historique doit continuer à évoluer.
La boutique de demain proposera peut-être moins de références disponibles immédiatement, mais des sélections plus lisibles et un système de commande rapide. Elle associera la vente à des ateliers, des clubs, des services de réparation, des rendez-vous individuels ou des espaces où l’on peut réellement pratiquer. Le conseil ne sera plus seulement offert au détour d’une vente ; il pourra devenir une prestation reconnue.
Certaines merceries travailleront avec des créateurs locaux, des matières de seconde main et des stocks dormants. D’autres développeront leurs propres patrons, kits ou fils afin de ne pas être comparées uniquement sur le prix d’une référence identique. Les boutiques physiques pourront devenir des lieux de retrait, d’essai et de transmission, tandis que la logistique sera mutualisée avec d’autres acteurs.
Le sauvetage de Bergère de France par ses salariés montre également qu’une transformation de la gouvernance peut parfois préserver une activité et ses savoir-faire, même si une reprise coopérative ne constitue évidemment pas une solution universelle.
Nous verrons peut-être apparaître des modèles plus petits, moins chargés en stock, mais davantage ancrés dans une communauté. Des lieux dans lesquels nous ne viendrons pas seulement acheter une pelote, mais apprendre, rencontrer, réparer et avancer sur un projet.
Ce ne seront plus tout à fait les cavernes d’Ali Baba que nous avons connues.
Cela ne signifie pas qu’elles seront moins précieuses.
Le DIY n’est pas en train de mourir, mais ses lieux historiques peuvent disparaître
La fermeture de La Droguerie et de La Lainière de Wazemmes ne raconte pas la fin des pratiques créatives. Les personnes continueront à tricoter, coudre, broder et fabriquer leurs bijoux. De nouvelles marques apparaîtront, de nouveaux fils seront lancés et les tutoriels continueront à circuler.
Mais nous pouvons aimer une pratique tout en perdant progressivement l’infrastructure qui la rend accessible.
Une pelote ne suffit pas toujours. Il faut aussi la personne qui connaît son comportement, le lieu où l’on peut comparer ses couleurs, l’entreprise capable de conserver plusieurs centaines de références et la communauté qui transmet ce que l’on ne savait pas encore chercher.
La Droguerie disait vendre des idées plutôt que des produits. C’est probablement ce qui rend sa disparition si particulière. On pourra retrouver ailleurs une aiguille, un bouton ou une perle. Il sera plus difficile de reconstituer l’endroit où tous ces éléments, réunis dans le même espace, donnaient soudain envie de fabriquer quelque chose.
Ces maisons n’étaient pas éternelles. Aucune entreprise ne l’est.
Mais leurs fermetures nous obligent à regarder avec davantage de lucidité le prix réel des lieux créatifs que nous souhaitons conserver. Non pas seulement le prix inscrit sur une pelote, mais celui du stock, du conseil, de la présence en centre-ville et du temps consacré à accompagner un projet qui ne générera parfois qu’une vente de quelques euros.
Nous regrettons les merceries lorsqu’elles ferment.
Peut-être devons-nous aussi réapprendre à les regarder lorsqu’elles sont encore ouvertes.
Et vous, existe-t-il près de chez vous une boutique créative dont la disparition changerait réellement votre manière de créer ?
A très vite !
Caroline




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