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SOCIAL MEDIA

La génération VHS crée désormais sur TikTok

29 sept. 2026

 Hello les Makers, j'espère que vous allez bien ! 

 

Cet été, Burger King a remis entre les mains des quarantenaires un objet qu’ils ne pensaient probablement plus trouver dans un menu : un cadeau surprise.

Avec sa box Boomer King, l’enseigne a réuni un tee-shirt K2000, un mug Charmed, un verre Beverly Hills 90210 et des chaussettes Sauvés par le gong. Les objets étaient distribués au hasard, accompagnés d’autres clins d’œil alimentaires à l’enfance de cette génération, comme le Canada Dry et le chocolat Galak. L’opération, imaginée avec l’agence Buzzman, reprenait volontairement les codes un peu kitsch des anciens génériques télévisés.

Les quadragénaires ne sont évidemment pas des baby-boomers. Ici, le mot sert surtout à créer une connivence amusée autour des cheveux qui blanchissent, des douleurs de dos et de ces références devenues suffisamment anciennes pour être qualifiées de « rétro ». Burger King savait exactement à qui il s’adressait : à des adultes capables de reconnaître le logo d’une série en une seconde et désormais assez solvables pour collectionner les objets qui accompagnaient autrefois leurs mercredis après-midi.

L’opération aurait pu rester une campagne nostalgique parmi d’autres. Elle révèle pourtant une position culturelle assez singulière. Les personnes qui ont aujourd’hui une quarantaine d’années ont grandi avec les VHS, les magazines, les agendas décorés et les loisirs manuels que personne n’appelait encore DIY. Elles ont ensuite découvert Internet, les blogs créatifs, Pinterest, Instagram et maintenant TikTok.

Leur imaginaire ne vient donc pas seulement des années 90. Il continue de se modifier au contact de générations plus jeunes qui redécouvrent leurs objets, leurs séries et leurs activités d’enfance pour les transformer à leur tour.

 

 

 

Nous créions déjà, mais nous ne fabriquions pas encore du contenu

Dans les années 90, décorer un agenda n’était pas une pratique éditoriale soigneusement filmée depuis le dessus. On y collait des photographies découpées dans un magazine, des emballages de bonbons, des autocollants, des mots écrits par les copines et parfois une quantité impressionnante de correcteur blanc.

Les bracelets brésiliens se fabriquaient pendant les vacances, les scoubidous s’accrochaient aux trousses et les perles venaient remplir des boîtes qui finissaient toujours par se renverser. Nous recouvrions les cahiers, décorions les lettres, personnalisions nos chambres avec des posters et essayions de reproduire les accessoires aperçus dans une série ou un clip.

Tout n’était pas plus créatif qu’aujourd’hui. Les références étaient déjà commerciales, la télévision occupait une place immense et les mêmes objets se retrouvaient dans beaucoup de foyers. Mais l’accès aux solutions était plus limité. Lorsqu’un accessoire nous plaisait, nous ne pouvions pas immédiatement retrouver sa référence, consulter dix tutoriels et commander le matériel exact.

Il fallait interpréter.

Une barrette vue sur un personnage devenait une version fabriquée avec ce que l’on trouvait. Un décor de chambre était recomposé avec des images, une guirlande et quelques objets sans rapport évident. Le résultat s’éloignait souvent de son modèle initial, précisément parce que nous ne disposions pas des bons outils.

Cette génération a ainsi connu une créativité qui restait largement privée. Le bracelet terminé pouvait être offert ou porté, mais il n’était ni photographié, ni monté en vidéo, ni accompagné d’un lien vers les fournitures. Un raté disparaissait dans un tiroir au lieu de devenir un contenu expliquant les cinq erreurs à éviter.

TikTok n’a pas créé l’envie de faire. Il lui a ajouté un espace de démonstration, d’apprentissage et de circulation.

 

 

Les objets de notre enfance sont devenus une bibliothèque graphique

Une série télévisée des années 90 ne revient plus seulement sous la forme d’une rediffusion. Elle peut devenir un verre, un tee-shirt, une palette de couleurs, un décor de fête ou une série de stickers.

Nous ne récupérons pas la décennie entière. Nous en sélectionnons quelques fragments très reconnaissables : les typographies épaisses, les damiers, les couleurs acidulées, les téléphones transparents, les appareils photo jetables, les smileys, les fleurs naïves et les accessoires accumulés.

Ce tri transforme une époque vécue en esthétique disponible.

La chambre réelle d’une adolescente en 1995 contenait probablement un mélange beaucoup moins cohérent que les décors aujourd’hui qualifiés de 90s. Elle pouvait réunir un meuble hérité, une couette fleurie, une chaîne hi-fi noire, un poster et un téléphone beige parfaitement banal. Sur TikTok ou Pinterest, la même décennie devient plus nette, plus colorée et plus immédiatement identifiable.

Cela ne signifie pas que les souvenirs sont faux. Ils sont recomposés.

Pinterest observe d’ailleurs que la nostalgie tend actuellement à devenir une forme de « réappropriation » : le passé n’est pas seulement reproduit, mais mêlé au présent. Selon l’étude publiée par la plateforme pour ses tendances 2026, 52 % des personnes interrogées déclarent revoir des films ou séries cultes, tandis qu’une part importante préfère adapter les esthétiques à son style plutôt que les imiter telles quelles.

Cette différence est essentielle dans le domaine créatif. Acheter un verre portant le logo de Beverly Hills permet de posséder un morceau officiel du souvenir. Fabriquer quelque chose à partir de cette influence oblige à choisir ce que l’on souhaite réellement en conserver.

Est-ce la typographie du générique ? La palette très californienne ? Les vêtements ? Les palmiers ? L’idée d’un groupe d’amis qui se retrouve toujours au même endroit ?

La référence commence à devenir intéressante lorsqu’elle cesse d’être un simple logo.

 

 

 

TikTok ne rajeunit pas les quarantenaires, il mélange les générations

TikTok reste souvent présenté comme le territoire des adolescents. Pourtant, ses outils publicitaires comptabilisaient 23,4 millions d’utilisateurs adultes en France à la fin de 2025, soit une portée potentielle correspondant à près de 44 % de la population française majeure. Ces données publicitaires ne représentent pas exactement le nombre d’utilisateurs actifs, mais elles suffisent à montrer que la plateforme dépasse largement son premier public.

Les quarantenaires n’y arrivent pas avec un imaginaire vide. Ils reconnaissent des techniques, des objets et des références que les créateurs plus jeunes présentent parfois comme des découvertes.

Une vidéo montre comment fabriquer un bracelet d’amitié. Pour une personne de vingt ans, elle peut être liée aux concerts de Taylor Swift et aux échanges entre fans. Pour une femme de quarante-cinq ans, le geste réveille aussi les fils noués pendant les vacances et les bracelets promis à une meilleure amie. Elle reconnaît la technique, mais découvre de nouvelles couleurs, de nouveaux messages et une façon différente de l’accumuler avec des bijoux plus précieux.

Le même phénomène se produit avec le plastique dingue, les perles alphabet, le point de croix, les charms, les miniatures, le scrapbooking ou les rubans accrochés aux sacs. Les gestes existaient déjà, mais ils reviennent dans des compositions nouvelles, associés à de meilleurs outils et à des influences venues de bien plus loin.

TikTok parle lui-même de Newstalgia pour décrire cette remise en circulation d’anciens codes auprès d’un nouveau public. Contrairement à une reconstitution fidèle, la tendance consiste à reprendre une esthétique passée pour la replacer dans un autre contexte. La plateforme distingue aussi le NostalgiaCore, nourri de musiques anciennes, d’images d’enfance et d’effets rappelant les vieux écrans.

L’influence ne va donc pas uniquement des plus jeunes vers les plus âgés. Elle circule dans les deux sens.

Une jeune créatrice remet au goût du jour une technique apprise auprès de sa grand-mère. Une personne plus âgée reconnaît le geste, adopte la nouvelle présentation et y ajoute ses propres références. Le projet repart ensuite sur la plateforme, où il pourra inspirer quelqu’un d’autre.

La transmission n’a plus nécessairement lieu autour d’une même table. Elle passe par une vidéo de trente secondes, sans empêcher le geste de rester manuel.

 

 

Les loisirs de l’enfance sont devenus des accessoires d’adultes

Beaucoup de pratiques actuellement visibles pourraient être rangées dans une ancienne mallette de loisirs créatifs.

Les charms ressemblent aux porte-clés accrochés aux cartables. Les bijoux en perles reprennent les lettres, les cœurs et les petits fruits de notre enfance. Le journaling retrouve le plaisir de couvrir une page de stickers et de papiers. Le plastique dingue devient une broche illustrée ou une paire de boucles d’oreilles. Le point de croix quitte le grand abécédaire pour investir de minuscules marque-pages.

Ce qui change n’est pas uniquement la présentation. Les outils, les matières et les références sont devenus beaucoup plus nombreux.

Une personne peut dessiner un motif sur tablette, l’imprimer, le découper avec une machine et lui ajouter une finition en résine. Elle peut commander des perles auprès d’une petite marque indépendante, apprendre un montage japonais et filmer le résultat avec un téléphone. Le geste enfantin rencontre une capacité technique, un budget et une culture visuelle d’adulte.

Les jeunes générations participent activement à ce retour des activités manuelles. En 2026, l’Associated Press décrivait l’essor du point de tapisserie, du tricot, de la poterie et d’autres loisirs analogiques chez de jeunes adultes désireux de s’éloigner un moment de leurs écrans. Le paradoxe est que ces pratiques se développent aussi grâce aux réseaux sociaux, qui facilitent l’apprentissage, la rencontre entre passionnés et la création de petites entreprises.

Les quarantenaires ne regardent donc pas simplement TikTok comme une vitrine de tendances qui ne leur appartiennent pas. Ils y retrouvent des activités qu’ils connaissent déjà, libérées de l’étiquette de « bricolage pour enfants » qui leur avait parfois été attribuée.

Une barrette en perles n’est plus réservée à une fillette. Un sac peut être couvert de charms. Un collier peut mélanger un pendentif précieux et des breloques presque naïves. Une broderie peut représenter une cassette, un générique ou une réplique de série sans chercher à devenir un objet patrimonial.

Le mauvais goût supposé des années 90 est devenu une permission.

 

 

La nostalgie peut stimuler la créativité, à condition de ne pas tout répéter

La nostalgie est souvent présentée comme un repli : le présent nous déçoit, alors nous nous réfugions dans une époque que notre mémoire a soigneusement adoucie.

Elle peut aussi jouer un rôle plus actif. Des travaux expérimentaux ont suggéré qu’un état nostalgique pouvait favoriser certaines formes de créativité en augmentant l’ouverture à l’expérience. Le souvenir ne produit pas automatiquement une idée originale, mais il peut fournir une matière émotionnelle suffisamment riche pour créer de nouvelles associations.

Dans un atelier, cela se vérifie assez facilement. Reprendre une technique d’enfance ne signifie pas retrouver exactement les mêmes gestes. Nous y revenons avec tout ce qui s’est passé depuis : d’autres goûts, d’autres compétences, une manière plus personnelle d’associer les couleurs et parfois une patience que nous n’avions pas à douze ans.

La limite apparaît lorsque la nostalgie devient une recette graphique. Quelques références suffisent alors à donner l’impression d’avoir recréé toute une époque : une cassette, un damier, un smiley et une police violette. Les objets changent, mais la composition reste la même.

Burger King peut parfaitement fonctionner ainsi, car une campagne publicitaire doit être comprise immédiatement. Le logo de Charmed ou de K2000 n’a pas besoin d’être interprété : sa seule présence déclenche la reconnaissance attendue.

Le DIY possède davantage de liberté.

Il peut partir de ces signes évidents, puis s’intéresser à des souvenirs plus discrets. Le papier qui recouvrait les cahiers. Les pochettes fabriquées pour ranger les cassettes enregistrées. Les pages d’un agenda rempli de mots incompréhensibles pour les adultes. La manière dont nous assemblions des objets qui ne correspondaient à aucune esthétique précise.

Ces détails ne sont pas forcément immédiatement « années 90 » pour tout le monde. Ils ont pourtant beaucoup plus de chances de produire une création singulière.

 


 

Une génération créative construite entre deux mondes

Les quarantenaires ne sont ni les derniers représentants d’un âge entièrement analogique, ni les spectateurs dépassés d’une culture numérique inventée par leurs enfants.

Ils ont appris à attendre une émission, puis à regarder une série entière en une soirée. Ils ont envoyé des lettres et des cartes postales avant d’adopter les messages instantanés. Ils ont suivi des explications créatives dans des livres et des magazines, puis filmé leurs propres tutoriels.

Cette succession a construit une relation très hybride à la créativité.

Ils savent ce que l’on ressent lorsque personne ne verra l’objet que l’on fabrique. Ils connaissent aussi la satisfaction de le partager avec des milliers de personnes. Ils peuvent conserver les gestes transmis par leur famille tout en apprenant, sur TikTok, une technique publiée la veille à l’autre bout du monde.

Leur créativité ne s’est pas figée avec les séries de leur adolescence. Ces références restent présentes, mais elles rencontrent désormais des esthétiques coréennes, japonaises, américaines ou scandinaves, des techniques numériques et le regard d’une génération qui n’a pas connu les objets d’origine.

La box Boomer King a très bien résumé l’aspect commercial de cette histoire : nos souvenirs sont devenus des objets collectors.

La partie la plus créative commence ailleurs, lorsque nous ne nous contentons plus de les collectionner.

Nous les démontons, changeons leurs couleurs, supprimons les logos et mélangeons leur langage à celui d’aujourd’hui. Un bracelet d’amitié retrouve un geste ancien mais porte un nouveau message. Un agenda d’adolescente revient sous la forme d’un journal beaucoup plus construit. Une vieille série fournit moins un produit dérivé qu’un climat, une palette ou une idée de décor.

Les quarantenaires ne créent pas seulement par nostalgie et ils ne suivent pas passivement les tendances de TikTok.

 

Ils possèdent désormais deux bibliothèques d’images : celle de leur enfance et celle que l’algorithme renouvelle chaque jour. Leur créativité se trouve dans la manière, parfois étrange et souvent très joyeuse, dont elles commencent à se mélanger.

Et vous, quelle activité ou quelle esthétique de votre enfance avez-vous redécouverte sous une forme totalement différente sur TikTok ?

 

A très vite ! 

Caroline

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