Hello les Makers, j'espère que vous allez bien !
À la fin du mois d’octobre, nos maisons traversent une période décorative assez étrange. Les citrouilles sont encore sur les rebords de fenêtre, quelques chauves-souris en papier flottent au-dessus d’une étagère et les bougies ont pris des teintes plus sombres. Dans le même temps, les premières collections de Noël apparaissent déjà dans les magasins, les rubans de velours refont surface et l’on commence à se demander où le sapin pourra tenir cette année.
Normalement, une frontière très nette sépare les deux fêtes. Le 1er novembre, les fantômes retournent dans leur carton, les toiles d’araignée sont décrochées et l’intérieur est remis à zéro avant l’arrivée du rouge, du vert, de l’or et des petites lumières. Une esthétique récente propose pourtant de ne plus choisir entre les deux saisons. Elle conserve la part mystérieuse d’Halloween, l’habille de velours, lui ajoute quelques étoiles et l’invite à passer Noël.
Son nom est Gothmas.
Le mot est formé à partir de goth ou gothic et de Christmas. Il désigne une interprétation sombre, romantique et théâtrale de la décoration de Noël. On y trouve du noir, bien sûr, mais aussi du bordeaux, du prune, du vert profond, de l’argent vieilli et de l’or patiné. Les dentelles sombres côtoient les rubans de velours, les chandeliers anciens, les lunes, les étoiles et les branches hivernales. La lumière reste chaude, les matières sont riches et l’ensemble évoque davantage une maison victorienne éclairée à la bougie qu’un décor de film d’horreur.
Etsy a largement contribué à faire connaître le terme en l’intégrant à son rapport de tendances automne-hiver 2025. La plateforme y décrivait une esthétique mêlant influences gothiques et élégance hivernale, portée par la dentelle noire, les motifs célestes, les bijoux argentés, les accents d’onyx et les tables éclairées à la bougie. Etsy associait cette tendance à une recherche d’individualité et à l’envie de s’éloigner d’un Noël exclusivement rouge, vert et joyeusement conventionnel.
Mais le Gothmas ne consiste pas seulement à fabriquer un sapin noir ou à laisser les squelettes d’Halloween dans le salon jusqu’au réveillon. Derrière ce mot un peu amusant se dessine une manière plus personnelle de faire évoluer la maison entre octobre et décembre, sans effacer brutalement une ambiance pour en installer une autre.
Gothmas, concrètement, à quoi cela ressemble-t-il ?
Un décor Gothmas peut commencer avec un sapin naturel tout à fait classique. Ce sont les ornements et la palette qui modifient son apparence : boules noires mates, rubans bordeaux, étoiles argentées, fleurs séchées, oiseaux sombres, lunes en métal, pampilles anciennes ou petits cadres dorés. Des ornements traditionnels peuvent également être détournés. Un casse-noisette peint en noir prend une allure beaucoup plus théâtrale, tandis qu’un ange doré, légèrement patiné, semble sortir d’une décoration victorienne.
Sur la table, les nappes blanches et les accessoires très brillants cèdent la place à des textiles plus profonds, à des chandeliers dépareillés, à des verres ambrés et à de la vaisselle ancienne. Le houx, le sapin et les pommes de pin restent présents, mais ils sont accompagnés de rubans sombres, de grenades, de fruits rouges, de branches nues ou de fleurs presque noires. Une guirlande lumineuse chaude évite que l’ensemble devienne froid ou sévère.
Le noir n’est d’ailleurs pas obligatoire. Un Gothmas peut être construit autour d’un bleu nuit, d’un vert forêt ou d’un bordeaux très dense, associés à de l’ivoire et à des métaux anciens. L’essentiel réside moins dans une couleur précise que dans l’atmosphère : un décor enveloppant, travaillé par les ombres, les textures et les détails, qui préfère le mystère au scintillement uniforme.
Il faut également préciser que le terme gothique est ici utilisé dans un sens très large. Le Gothmas emprunte à plusieurs imaginaires : le romantisme noir, les intérieurs victoriens, les cabinets de curiosités, l’esthétique dark academia, les symboles célestes et certaines silhouettes médiévales. Il ne correspond pas à une reconstitution historique rigoureuse du style gothique. Celui-ci, dans son sens artistique, ne se résume d’ailleurs pas à l’obscurité : l’architecture gothique médiévale accordait une place majeure à la lumière colorée des vitraux, aux formes végétales et à une observation très détaillée de la nature. Le renouveau gothique du XIXe siècle a ensuite adapté ces formes médiévales à l’architecture, au mobilier, aux papiers peints et aux arts décoratifs de son époque.
Le Gothmas contemporain mélange librement tous ces éléments. Il peut être très élégant, avec du velours, des bougies et quelques motifs célestes, ou beaucoup plus ludique, avec des crânes coiffés de bonnets, des chauves-souris suspendues au sapin et des squelettes portant des cadeaux. Les frontières sont souples, mais l’appellation devient surtout intéressante lorsqu’elle ne se contente pas de remplacer toutes les boules rouges par des boules noires.
Un décor réussi donne l’impression que Noël est passé par une bibliothèque ancienne, une maison de famille un peu mystérieuse ou l’atelier d’une créatrice passionnée par les objets patinés. Il conserve le caractère accueillant des fêtes, tout en acceptant qu’une ambiance chaleureuse puisse aussi être sombre.
Noël n’a jamais été entièrement lumineux
Le rapprochement entre le merveilleux de Noël et un imaginaire plus inquiétant paraît moins incongru lorsque l’on regarde l’histoire de la fête. Bien avant les sapins parfaitement coordonnés et les villages miniatures sous cloche, les longues nuits d’hiver étaient déjà propices aux récits de fantômes, aux légendes et aux histoires racontées autour du feu.
La tradition des récits surnaturels pendant la période de Noël s’est particulièrement développée dans l’Angleterre victorienne. Les progrès de l’imprimerie ont favorisé la diffusion de nouvelles fantastiques dans les journaux et les recueils saisonniers, tandis que les familles continuaient à raconter des histoires pendant les soirées d’hiver. Un chant de Noël de Charles Dickens, publié en 1843, est probablement l’exemple le plus célèbre de cette association : l’une des grandes histoires de Noël de la culture populaire est aussi une histoire de revenants.
La fête victorienne elle-même était beaucoup plus chargée que les versions minimalistes auxquelles nous nous sommes habitués. Les arbres étaient ornés de fruits, de petites corbeilles de papier, de friandises, de noix dorées et de décorations fabriquées à la maison. Les Victoriens ont contribué à populariser plusieurs traditions encore présentes aujourd’hui, notamment le sapin familial, les crackers et une abondance décorative assumée.
Le Gothmas puise volontiers dans cette image d’un Noël ancien, plus dense et moins lisse. Il préfère les chandeliers en métal aux photophores identiques achetés par séries de six, les objets dépareillés aux collections parfaitement assorties et les ornements qui semblent posséder une histoire. Une étoile ternie, un cadre miniature ou une boule ancienne légèrement piquée conviennent mieux à cette esthétique qu’une décoration trop neuve.
Sa part sombre ne cherche pas nécessairement à rendre la fête effrayante. Elle rappelle plutôt que l’hiver est une saison de contrastes. La lumière des bougies paraît plus belle parce que la nuit tombe tôt, les feuillages persistants sont remarqués parce que le jardin s’est dépouillé et les fêtes se déroulent dans une période longtemps associée aux récits, aux souvenirs et aux absents.
Le Gothmas rend cette part d’ombre visible au lieu de la recouvrir entièrement de paillettes.
Une transition plus douce entre Halloween et Noël
L’un des attraits les plus évidents du Gothmas tient à sa position dans le calendrier. Il permet de créer un décor qui commence en octobre et se transforme progressivement jusqu’à Noël, sans exiger deux changements complets en quelques semaines.
Les citrouilles peuvent d’abord être associées à des bougies noires, à des branches et à quelques ornements célestes. Après Halloween, elles disparaissent, mais les chandeliers, les textiles sombres et les objets anciens restent. Des étoiles, du feuillage, des rubans et des lumières sont ajoutés au fil du mois de novembre. Lorsque le sapin arrive, il trouve déjà sa place dans un univers préparé pour lui.
Cette progression fonctionne particulièrement bien avec des objets qui ne portent pas une fête de manière trop littérale. Une lune en laiton, un vase sombre, un ruban de velours ou un chandelier ancien peuvent accompagner Halloween, l’automne et Noël. Le même décor change de sens selon ce qui l’entoure. Une branche noire couverte de chauves-souris en octobre peut accueillir des étoiles et des pampilles en décembre.
La tendance répond ainsi à une réalité assez simple : nos maisons ne possèdent pas toujours l’espace nécessaire pour stocker des cartons entiers de décorations saisonnières, et nous n’avons pas forcément envie d’acheter une nouvelle collection à chaque fête. Certains observateurs du Gothmas ont souligné cette possibilité de prolonger les mêmes objets entre octobre et décembre, en conservant les matières, les teintes et les accessoires les plus polyvalents.
Cette continuité ne garantit évidemment pas une décoration responsable. Un sapin couvert de cinquante ornements neufs reste un sapin couvert de cinquante ornements neufs, quelle que soit leur couleur. Le Gothmas devient plus cohérent lorsqu’il repose sur la transformation, la récupération et la fabrication plutôt que sur l’achat d’un univers complet prêt à installer.
Les brocantes et les placards familiaux conviennent particulièrement bien à cette recherche. Des chandeliers isolés, de vieux cadres, des rubans récupérés, une nappe sombre, des bijoux cassés ou des ornements défraîchis peuvent composer un décor beaucoup plus personnel que des objets conçus pour imiter artificiellement l’ancien.
Un cadre doré peut devenir une décoration de sapin après avoir été réduit ou suspendu par un ruban. Une broche oubliée peut être fixée au centre d’un nœud en velours. Des boules dépareillées peuvent être repeintes dans plusieurs nuances de noir, de prune et de bronze, sans chercher à rendre leurs surfaces parfaitement régulières.
Le Gothmas possède une esthétique précieuse, mais il se construit très bien avec des objets qui ne le sont pas.
Un Noël particulièrement favorable au fait main
Pour les créateurs, cette tendance ouvre un terrain de jeu beaucoup plus large que le traditionnel trio sapin, Père Noël et flocon. Elle permet de broder des constellations, de découper des lunes en papier métallisé, de modeler des ornements inspirés des ex-voto ou de fabriquer des étoiles en perles dans des tonalités inhabituellement sombres.
La couture y trouve naturellement sa place grâce au velours, à la dentelle, aux galons et aux rubans. Des chutes suffisent pour confectionner des nœuds, de petites bottes, des cœurs rembourrés ou des suspensions textiles. Un tissu noir brodé de fil doré peut devenir beaucoup plus festif qu’un imprimé explicitement consacré à Noël, tout en restant réutilisable après les fêtes.
La broderie offre une autre manière de nuancer le gothique. Une lune, un papillon de nuit, une branche de houx, un cœur anatomique entouré de feuillage ou un petit château peuvent être travaillés avec des fils métalliques, des perles et des couleurs profondes. L’effet ne repose pas sur l’accumulation de symboles inquiétants, mais sur le décalage entre une technique délicate et un motif plus nocturne.
Le papier autorise des transformations encore plus simples. Une silhouette de chauve-souris peut être redessinée avec des ailes proches d’un motif de dentelle. Des étoiles découpées dans de vieux livres ou des papiers marbrés peuvent être suspendues à un fil noir. Une guirlande de lunes et de soleils remplace facilement les formes rouges et vertes sans renoncer à la dimension joyeuse de la fête.
La céramique se prête particulièrement bien aux bougeoirs, aux petites maisons sombres, aux étoiles irrégulières et aux ornements émaillés dans des noirs brillants, des rouges profonds ou des blancs craquelés. Sur un sapin, la matière apporte un poids visuel et une présence que les décorations industrielles très légères n’ont pas toujours.
Le Gothmas autorise aussi l’humour. Un fantôme tenant un cadeau, un chat noir empêtré dans une guirlande ou un petit squelette coiffé d’une couronne de houx évitent que l’ensemble ne devienne trop solennel. La fête reste familiale et joueuse, simplement déplacée vers un imaginaire moins attendu.
Comment éviter l’effet « rayon Halloween oublié » ?
La frontière entre le Gothmas et un décor d’Halloween conservé trop longtemps tient souvent aux matières et à la façon de composer l’ensemble.
Des toiles d’araignée synthétiques, des citrouilles orange vif et une accumulation de crânes produisent une ambiance immédiatement liée au 31 octobre. Pour faire évoluer le décor vers Noël, il faut introduire d’autres textures et d’autres symboles : du feuillage, des rubans, des étoiles, du verre, des métaux patinés et des lumières chaudes.
Les objets les plus inquiétants peuvent rester, mais ils gagnent à être minoritaires. Une seule chauve-souris dans un sapin attire davantage l’attention qu’un essaim entier. Un crâne placé parmi des fruits, des branches et des bougies devient un objet de cabinet de curiosités ; répété sur chaque assiette, il ramène la table vers une soirée à thème.
La palette mérite la même attention. Un décor entièrement noir risque de perdre les reliefs et les détails qui font son intérêt. Le bordeaux, le vert sapin, le crème, le bronze et l’argent permettent de conserver la profondeur sans transformer la pièce en surface uniforme. Les lumières chaudes, les reflets du verre et les bougies donnent aux couleurs sombres une véritable richesse.
La décoration gothique, au sens historique comme dans ses réinterprétations plus récentes, n’est pas dépourvue de couleur. Les vitraux, les peintures, les enluminures et les textiles médiévaux utilisaient des teintes intenses. Le noir du Gothmas peut donc servir de cadre plutôt que de règle absolue.
Un autre risque serait de transformer cette esthétique en nouveau code rigide. Après les Noëls entièrement blancs, les sapins minimalistes et les intérieurs parfaitement coordonnés, il serait assez dommage de créer une nouvelle obligation selon laquelle chaque bougie devrait désormais être noire et chaque étoile accompagnée d’une lune.
L’intérêt du Gothmas vient précisément de sa liberté. Il peut se limiter à quelques rubans sombres sur un sapin traditionnel, à une table éclairée par des chandeliers anciens ou à une collection d’ornements fabriqués à la main. Il peut cohabiter avec les décorations familiales, les sujets rapportés de voyage et les boules réalisées par les enfants.
Une vieille suspension rouge ne devient pas interdite parce que le sapin a pris une allure plus mystérieuse. Elle ajoute même un peu de vie à un décor qui pourrait autrement sembler trop étudié.
Le besoin de réinventer une fête très codifiée
Noël possède une force visuelle immense, mais ses images sont si connues qu’elles peuvent finir par laisser peu de place à ceux qui ne se reconnaissent pas dans leur version la plus traditionnelle. Le Gothmas élargit ce langage sans supprimer la fête. Il conserve le sapin, les étoiles, les lumières, les cadeaux et le plaisir de décorer, tout en proposant d’autres couleurs et d’autres références.
Le rapport d’Etsy associait cette tendance au désir de créer des intérieurs plus individuels. La plateforme relevait alors une forte progression des recherches liées aux décors anciens et au papier peint gothique, signes plus larges d’un intérêt pour des univers plus riches, plus sombres et moins minimalistes. Ces données concernent les recherches effectuées sur Etsy et ne décrivent pas à elles seules toutes les pratiques décoratives, mais elles permettent de comprendre pourquoi le terme a trouvé un écho.
Le Gothmas arrive à un moment où de nombreux intérieurs s’éloignent du beige uniforme et du minimalisme très contrôlé. Les objets sentimentaux, les motifs, les couleurs denses et les accumulations choisies reviennent dans les tendances décoratives de 2026, souvent sous les termes de maximalisme patrimonial ou d’intérieurs plus personnels.
Son succès ne signifie pas que les sapins rouges et verts vont disparaître. Il montre simplement qu’une fête collective peut supporter plusieurs imaginaires. Certaines personnes retrouvent Noël dans une nappe blanche et des bougies rouges ; d’autres le reconnaissent mieux dans un sapin nocturne, des étoiles argentées et un vieux chandelier entouré de branches.
À la fin du mois d’octobre, le Gothmas nous évite surtout de traiter Halloween et Noël comme deux décors jetables qui se remplaceraient en une nuit. Il propose une maison qui évolue lentement, garde quelques traces de la fête précédente et accepte que la lumière de Noël apparaisse au milieu des ombres plutôt qu’après leur disparition complète.
Cette année, les chauves-souris ne seront peut-être pas rangées immédiatement. Certaines trouveront une place près des étoiles, au moins jusqu’en décembre.
Et vous, pourriez-vous imaginer un Noël en velours noir et bordeaux, ou restez-vous attachée au grand retour du rouge, du vert et de l’or dès que le sapin entre dans la maison ?
A très vite !
Caroline



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